??? à vos plumes … voici une idée … D’autres seront mis en commentaires … .
“On ne sait jamais comment terminer les choses. Et pour cause, ça n’arrive qu’une fois. Aucun mode d’emploi n’a jamais été écrit là-dessus… alors il faut improviser.”
Apprendre à mourir; Irvin D.Yalom
Il n’en pouvait plus, n’arrivait plus à rien. Mais il a pensé à tout. Il a pris rendez-vous avec son notaire, réglé les questions d’héritage, laissé des lettres à ses proches, à ses collaborateurs aussi. Il a préparé ses vêtements, le revolver, la balle. Il a même payé ses factures en retard. Ceux qui retrouveront son corps constateront qu’il avait tout prévu, préparé son suicide comme on organise un voyage.
Le kamikaze, lorsqu’il prémédite son attentat suicide, “se prépare” lui aussi à mourir. Il s’agit même souvent d’une préparation encadrée, à l’image d’une préparation militaire, avec ses aspects pratiques (armement, camouflage, questions financières…) et ses aspects théoriques (sens de ce sacrifice, “théologie appliquée”…).
Dans les deux cas, se préparer à mourir, c’est tout faire pour cela, vouloir la mort comme une délivrance ou un moyen d’obtenir quelque chose: la fin de la souffrance, une victoire remportée contre l’Occident ou simplement une place au paradis, une somme d’argent pour sa famille…
Mais si nous pensons que la mort ne nous apportera rien, qu’elle est au contraire privation de ce qui nous est le plus cher, bref si nous ne voulons pas mourir, si même nous voulons tout faire pour vivre le plus possible, “se préparer à mourir” a-t-il simplement un sens?
Il est difficile de se préparer à quelque chose dont nous n’avons jamais fait l’expérience. L’expression “ma mort” n’a probablement pas grand sens. Le deuil de mes proches me souffle que je peux mourir mais ne me dit rien de “ma mort”, parce que je reste là, parce que la vie continue. La mort comme état de mort ne peut être directement expérimentée. Nous ne rencontrons finalement que les conséquences de la mort: le cadavre, le deuil, la tristesse, les rendez-vous chez le notaire, la nécessité de l’adieu, le remords… Nous rencontrons aussi les prémices de la mort: la maladie, la vieillesse, l’ébranlement existentiel. Mais nous ne rencontrons pas la mort; nous ne pouvons nous la représenter. Nous ne savons même pas ce qu’elle est, si elle ouvre sur l’infini ou sur le néant, nous jette dans le Tout ou dans le rien du tout.
Comment alors nous y préparer?
D’ailleurs, que le suicidaire ou le kamikaze “s’y préparent” ne signifie pas qu’ils soient, à l’instant de leur mort, véritablement prêts. Peut-être entre-voient-ils alors, en un atroce éblouissement, que cet ultime renoncement les laisse devant la mort complètement démunis. Peut-être saisissent-ils, à l’instant de mourir, que c’est de ne pas renoncer à la vie qui nous y prépare le mieux.
Tant de sagesses ou de religions, qui bien sûr n’invitent ni au suicide ni au terrorisme, nous proposent au contraire de nous préparer à mourir en renonçant, dès maintenant, à ce que la mort nous obligera à abandonner. Le bouddhisme, le platonisme, Arthur Schopenhauer nous invitent ainsi à renoncer à la vie violente des passions, à la vie inutile de nos souffrances, à la vie superficielle de notre corps…
Se préparer à la mort, est-ce faire le vide, anticiper sur ce que la mort exigera de nous?
Ou au contraire faire le plein, se hâter de se remplir d’impressions et de vie, de passions et d’expériences pour accueillir la mort d’un éclatant “Je suis prêt: j’ai vécu ce que j’avais à vivre”?
1. Notre refus de la mort nous empêche de nous y préparer.
S’il semble difficile de se préparer à mourir, il est tout aussi difficile de ne pas s’y préparer. Les pessimistes et les nihilistes aiment à répéter que nous sommes accueillis dès notre naissance par un billet nous condamnant à mort, sur lequel il ne manque que la date et l’heure. Ne pouvant pas ignorer ce qui nous attend, il serait alors de simple bon sens de nous y préparer. Mais encore faudrai-il que nous acceptions d’y penser.
Notre condition humaine peut en effet être approchée par ce paradoxe: nous sommes les seuls, parmi les êtres vivants, à savoir que nous allons mourir, et pourtant l’essentiel de nos activités humaines procède d’un souci, soit de ne pas penser à la mort, soit de la combattre par tous les moyens.