??? à vos plumes … voici une idée … D’autres seront mis en commentaires … .
“Il suffit d’avoir entendu une fois une foule applaudir dans un théâtre pour savoir quoi penser de la démocratie.”
Max Frisch.
Plus qu’un nouveau régime politique, où le peuple a le pouvoir de gouverner, la démocratie apparaît toujours, aux yeux de ceux qui assistent à sa naissance, comme une véritable panacée. “Le bonheur est une idée neuve en Europe”, proclamait Saint-Just en pleine Révolution. Idée neuve, c’est celle du bonheur collectif, devenu une affaire politique. es révolutionnaires français voyaient ainsi dans la démocratie la clef du bonheur, les contemporains de l’écroulement de l’ex-URSS l’occasion de la liberté politique et de la prostérité économique, les Grecs la seule façon de devenir enfin vraiment humains. Le régime politique démocratique renvoie alors à plus qu’un régime politique: à une société, à une vie, à une humanité nouvelles.
Mais l’expérience historique a montré que la démocratie pouvait aussi apporter autre chose que le bonheur. La démocratie est en partie responsable de l’avènement du fascisme ou du nazisme, pas seulement parce que ces mouvements naquirent du discrédit du système parlementaire, ni même parce que Hitler a été élu, mais parce que les classes bourgeoises ou les possesseurs du capital ont souvent soutenu ces régimes par peur de la démocratie. Il est dans la nature même de la démocratie de pouvoir se renverser a tout moment en son contraire, en tyrannie, observait déjà Platon, contemporain de la première démocratie.
Et lorsqu’elle ne se retourne pas en tyrannie, la démocratie ne nous apporte pas le “bonheur” pour autant.
De nombreux états démocratiques peinent à tutter contre l’insécurité, le chômage de longue durée, la précarité.
Qu’est-ce qui fait alors la valeur d’un régime politique? Ses conséquences sur la société, son efficacité économique, ce qu’il exige des individus? Sa capacité à gouverner effectivement, le type d’hommes qu’il porte au pouvoir? Ou simplement la justesse de son principe politique?
En accordant au peuple la “souveraineté”, le pouvoir de décision politique, la démocratie est une preuve de maturité historique: parvenu à l’âge adulte, enfin émancipé de la figure paternelle du monarque ou du despote, le peuple aspire maintenant à décider de son avenir. C’est le sens de la liberté politique, impossible sans l’égalité et le débat: c’est ensemble que nous allons savoir ce qui est bon pour l’ensemble, que nous allons le décider, avec chacun une voix dans le débat. La vérité ne viendra que de nous, non d’un absolu supérieur, d’un Dieu, d’une tradition ou de savoirs élitistes. Nous sommes devenus, politiquement, adultes. De ce point de vue-là, la démocratie semble le meilleur régime politique.
Mais si elle représente l’âge adulte des systèmes politiques, fait-elle vraiment de nous, individuellement, des adultes? Et si tel était le cas, cela suffirait-il à faire de la démocratie le meilleur système de gouvernement?
Au premier tour des élections présidentielles de 2002, les voix des français ont été tellement éparpillées en votes protestataires pour des candidats mineurs qu’ils ont invités au second tour un candidat, Jean-Marie Le Pen, contre lequel ils sont ensuite massivement descendus dans la rue. Quelques jours après leurs votes protestataires, ils ont protestés contre les conséquences de leur vote protestataire. Ce sont ils vraiment comportés en adultes? La réalité de la pratique démocratique est-elle conforme à son idéal?
a définition de la démocratie comme pouvoir du peuple semble trop idéaliste, ou au moins trop théorique. Une démocratie se reconnaît d’abord à l’organisatio d’une compétition pacifique entre les différents prétendants au pouvoir. C’est cela qu’il nous faut juger: Une telle compétition permet-elle aux meilleurs de parvenir au pouvoir?
Permet-elle que les meilleurs décisions soient prises?
Si l’écart est trop grand entre l’idéal démocratique et sa réalité, pourquoi ne pas préférer un régime qui promette moins mais tienne ses promesses?
1. La démocratie est le meilleur régime politique car c’est le seul qui nous demandes d’être des adultes.
L’adulte, à la différence de l’enfant, ne donne pas sa confiance à n’importe qui, est capable de choix éclairés, agit en toute responsabilité, et sait sanctionner quand il le faut. Changeons adulte par “citoyen”, et même par “citoyen à l’heure du vote”, et nous comprendrons pourquoi la démocratie, en nous demandant d’être des adultes, est le meilleur régime politique. Des politiques choisies par des êtres éclairés, responsables des autres et des générations futures, sanctionnées lorsqu’elles doivent l’être, ont toutes les chances d’être les meilleures politiques possibles.
La démocratie ne peut cependant plus être définie comme “souveraineté populaire”.Nous pourions en effet parler d’un authentique pouvoir du peuple si nos représentants étaient tenus par des “mandats impératifs”: l’obligation d’agir dans la plus stricte conformité à leurs engagements. Or, ce n’est pas le cas. La simple existence de “lois impopulaires” atteste déjà de cette évidence que le peuple ne gouverne pas. Mais ce n’est pas pour autant que la démocratie en devient un mauvais régime. Au contraire.
La démocratie demande aux hommes, ceux qui élisent comme ceux qui sont élus, le meilleur, et c’est pourquoi elle est le meilleur régime.
L’action politique exige une adaptation à la conjoncture économique, géopolitique, sociale, qui serait rendue impossible par des mandats trop “impératifs”. Un homme politique réactif, capable de saisir des occasions favorables pour agir dans l’histoire, est obligé de ne pas tenir de promesses trop précises. Cela est vrai aussi au niveau du pouvoir législatif ou nos représentants font face à des objections adverses parfois imprévisibles, et examinent des propositions de lois nouvelles, elles-mêmes émanant d’un gouvernement devant s’adapter aux circonstances. Lorsque nos représentants votent, nous ne sommes pas là pour leur tenir la main. C’est aussi cela, le meilleur: donner notre confiance, au moins jusqu’aux prochaines élections. Aucun autre régime ne nous propose de donner librement notre confiance. C’est vrai, il est difficile pour nous de savoir où “passe” notre pouvoir. Nous ne sommes, en effet, pas “au pouvoir”,mais cela ne signifie pas que la démocratie ne tienne pas ses promesses. La démocratie, malgré l’étymologie, peut être définie autrement que par le pouvoir du peuple. Sans être “au pouvoir”, nous avons un pouvoir de contrôle et de sanction sur ceux qui y sont; nous avons le pouvoir de sanctionner ceux à qui nous avons donné notre confiance. Les gouvernants doivent tenir compte de nous, de l’opinion publique. Que souhaiter de mieux?
Pour pouvoir choisir de grandes orientations nationales, pour décider ensuite si elles ont été ou non tenues, si elles respectent ou non l’intérêt général, il faut savoir user de notre raison, de notre langage, maîtriser cet art de jugement éminemment humain. Peut-être même qu’en nous interrogeant, ensemble, sur cet intérêt général, nous développerons aussi, non seulement notre raison, mais aussi certains affects comme la solidarité ou la fraternité. On ne juge pas alors le régime politique démocratique simplement sur la qualité de ces politiques effectives, mais aussi sur les qualités humaines qu’il aspire à flatter chez les citoyens.
La monarchie médiévale nous demandait juste d’être des enfants, la monarchie absolue de “savoir” craindre ou courtiser, l’aristocratie de faire confiance aux meilleurs, les différents systèmes traditionnels d’être nés là où nous sommes nés. La démocratie nous demande de développer nos facultés humaines de la façon la plus complète possible. Elle nous demande de vouloir, de décider et de juger. Aucun autre régime ne nous en demande tant.
Dès lors que nous sommes à la hauteur de cette demande, la démocratie devient le meilleur régime politique au sens concret de meilleur système de gouvernement.
Selon platon, la démocratie traduirait le triomphe du pouvoir sans le savoir. Le peuple, obéissant aux passions plus qu’a la raison, habité par le ressentiment plus que par le sentiment civique, serait incapable de gouverner… Mais dans nos démocraties modernes, il n’est pas demandé au peuple de savoir gouverner, juste de savoir choisir, voter, juger.