Le Stoïcisme partie 1

Définitions de la sagesse et de la philosophie

La sagesse (sophia) est, selon une définition des stoïciens (cf. Aetius, I, Préface 2), la connaissance scientifique des choses divines et humaines, connaissance à laquelle s’ajoute, selon Sénèque (Lettres, 89, 4 – 5), la connaissance de leurs causes.

Selon la distinction de Sénèque (Lettres, 89, 4 – 5), cette sagesse est le bien de l’esprit humain, parvenu à sa perfection, alors que la philosophie est l’amour de la sagesse et l’aspiration vers elle par la pratique et la théorie : « La philosophie tend là où l’autre est parvenue ». Elle est ainsi la pratique (askesis) de l’art (techne) de l’utile qui est l’unité et le degré le plus élevé de la vertu.

La philosophie se divise en trois parties, suivant en cela la division des vertus à leur niveau générique : la vertu physique, la vertu éthique et la vertu logique.

Divisions de la philosophie

Le discours philosophique a trois parties : la physique qui est une recherche sur le monde et les objets qu’il contient ; l’éthique, qui concerne l’action ; la logique (ou dialectique), qui concerne le discours. Chacune de ces parties se divise à son tour en plusieurs parties (ces divisions seront exposées dans les sections correspondantes). Cette division générale, selon Diogène Laërce[2], fut inventée par Zénon de Kition dans son traité Du discours, et fut reprise par Chrysippe de Soli[3], Diogène de Babylone et Posidonius[4]. Il semble que Cléanthe se soit écarté de cette division : il en donne six, la dialectique, la rhétorique, l’éthique, la politique, la physique, la théologie.

Ces parties sont appelés des espèces, des genres (ou des genres de théorèmes[5]) ou des lieux suivant les philosophes[6]. Les Stoïciens utilisent, pour décrire cette partition de la philosophie, plusieurs comparaisons qui reflètent des désaccords au sein de l’école :

  • Selon la première, c’est la physique qui constitue le centre :
    • la philosophie est comparable à un œuf : la logique est la coquille ; le blanc, l’éthique et la physique, le jaune.
  • Selon trois autres, c’est l’éthique qui occupe la place principale :
    • la philosophie est un champ fertile : la terre est la physique ; les fruits, l’éthique et le mur qui l’entoure la logique.
    • ils comparent enfin la philosophie à un être vivant, comparaison qui diffère des précédentes pour souligner que les parties de la philosophie ne sont pas séparables ; ainsi, par exemple, pour Posidonius : la physique est son sang et sa chair, la logique ses os et ses tendons, l’éthique est son âme[7].
    • enfin, pour Sénèque, l’éthique « forme le cœur » de la philosophie[8].

L’image de l’être vivant paraît suggérer que la logique n’est pas un instrument ou une partie accessoire, seulement censée protéger l’essentiel : physique et/ou éthique. Elle n’est pas subordonnée à l’éthique ou à la physique comme une partie l’est à son tout (comme la coquille sert le jaune, ou comme le mur sert le fruit, en les protégeant tous deux). Elle est une partie première de la philosophie[9], et non une partie de partie.

Si nous suivons Posidonius et le témoignage d’Ammonius sur ce point, alors les trois parties sont à la fois distinctes, et solidaires, indissociables. Or, les textes ne sont pas clairs sur la question de savoir de quoi ces parties sont les parties : sont-ce les parties de « la philosophie »[10], ou bien sont-ces les parties du « discours philosophique » seulement -étant donné qu’à côté du discours philosophique, il y a la vie philosophique-[11] ? Si l’on s’en tient à ce que rapporte Sénèque[12], de même que le cosmos est un, la philosophie est une, et indivise en elle-même. Elle apparaît telle au sage. Mais pour le philosophe (l’apprenti-sage), qui ne peut pas encore en avoir une vue synoptique, il est bon de distinguer des parties. En ce cas, ces parties (logique, physique, éthique) seraient moins des parties de la philosophies, que des parties de l’apprentissage philosophique.

Pour certains Stoïciens, il n’y a pas de hiérarchie entre ces genres et ils les enseignaient ensemble car ils sont mélangés ; mais d’autres commencent par la logique (Zénon de Kition, Chrysippe), par l’éthique (Diogène de Ptolémaïs) ou par la physique (Panétius de Rhodes, Posidonius).

Les sciences, instruments du sage

Le sage cherche et connaît les causes des choses naturelles ; la science sera donc pour lui un auxiliaire. Mais, comme tout auxiliaire, elle ne fait pas partie de ce dont elle est un instrument et une aide (Sénèque, Lettres, 88, 25 – 28). La science n’est donc pas, pour le stoïcien, une partie de la sagesse. Que devra alors connaître le sage ? Si l’on suit Sénèque, il connaîtra par exemple le système des corps célestes, leur pouvoir et leur nature ; mais le sage stoïcien s’occupe des principes généraux, non de l’accumulation des connaissances ou des questions de fait particulières. En toutes choses, la philosophie ne demande donc rien à personne, mais donne les principes premiers aux autres sciences (aux mathématiques, par exemple) : les sciences spécialisées lui sont des moyens. La philosophie construit ainsi seule toute son œuvre.

La philosophie, en tant que science, diffère également de l’habileté, des aptitudes que les stoïciens appellent « occupations » (epitedeumata) : musique, belles-lettres, équitation, etc., et qu’ils caractérisent ainsi : « une méthode qui, par le moyen d’un art ou d’une partie d’un l’art, conduit au domaine de la vertu » (cf. Stobée, II, 67). Ces occupations ont une valeur instrumentale pour le sage, dont seul il possède l’habitus vertueux.

Unité du système stoïcien

Selon le traité du destin de Cicéron, la notion de fatum (destin) est commune aux trois parties de la philosophie, en ce sens qu’elle implique à la fois la physique (le destin est le principe de l’ordre cosmique), l’éthique (accord du destin avec la responsabilité morale) et la logique (problème des énoncés portant sur les futurs contingents). Le fatalisme est donc une notion fondamentale du stoïcisme :

« Conduisez-moi, Zeus et toi Destinée, vers où vous l’avez disposé pour moi. Car je suivrai sans faillir. Mais si je devenais méchant et si je ne le voulais pas, je ne suivrais pas moins. » (Cléanthe, cité par Épictète, Manuel, fin).

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