Cultivez votre attention

 

La culture de l’attention, bien qu’étant en marge de la culture de la mémoire,

se rattache étroitement à celle-ci, car, le plus souvent, le développement de la

mémoire est proportionnel à celui de l’attention. En cultivant l’attention, vous

cultivez donc en même temps la mémoire.

C’est ce que Montaigne avait depuis longtemps déjà remarqué en écrivant:

«L’attention est le burin de la mémoire.»

De plus, l’attention volontaire est l’outil le plus utile de la culture

intellectuelle et l’une des conditions de la réussite dans la vie. D’une façon générale,

le développement de l’intelligence est proportionnel à celui de l’attention. Les jeunes

enfants concentrent difficilement leur attention, leur esprit est mobile et superficiel.

D’autre part, Buffon n’a-t-il pas dit que le génie était une longue patience, c’est-à-dire,

en somme, une grande aptitude à l’attention, et l’on connaît le mot de Newton à qui

l’on demandait comment il avait découvert le système du monde: « En y pensant

toujours. »

En outre, si vous voulez éviter les oublis, les bévues, les maladresses et les

fautes, en un mot si l’on désire être à la hauteur de sa tâche, qu’elle soit intellectuelle

ou manuelle, et la mener à bonne fin, il faut être capable d’attention.

Or, l’attention volontaire, qui consiste à arrêter le défilé des sensations,

perceptions, idées, sentiments, et à considérer un de ces états de conscience à

l’exclusion provisoire des autres, est susceptible d’éducation, donc de redressement et

de progrès. Les principes qu’il convient de suivre pour la corriger et la développer

découlent des caractéristiques de l’attention spontanée.

Elles ont été précisées par Théodule Ribot:

« Dans le cas d’attention spontanée, écrit-il, le corps entier converge vers son

objet, les yeux, les oreilles, quelquefois les bras, tous les mouvements s’arrêtent. La

personnalité est prise, c’est-à-dire que toutes les tendances de l’individu, toute son

énergie disponible visent un même point. L’adaptation physique et extérieure est le

signe de l’adaptation psychique et intérieure. »

Votre premier soin sera donc de maîtriser vos mouvements inconscients. Les

grands nerveux gesticulent, remuent constamment les pieds et les mains, sursautent

au moindre bruit ou à la moindre émotion. Les idées traversent sans cesse leur

cerveau et ils ne peuvent en arrêter aucune. Enfin, ils s’emportent facilement. A vous

de ne pas les imiter et d’imposer le calme à vos réactions musculaires involontaires:

vous créerez ainsi les conditions physiologiques de l’attention, car, ainsi que l’a dit

William James à propos de la peur, et cette remarque s’applique à un grand nombre

d’états psychiques où l’émotion entre en jeu, « l’on ne s’enfuit pas parce qu’on a peur,

mais l’on a peur parce qu’on s’enfuit ».

De plus, quelques mouvements matinaux de gymnastique exécutés lentement

en leur accordant toute votre attention, des exercices bien rythmés de respiration

profonde, vous aideront à vaincre vos réflexes musculaires inopportuns.

Il existe d’ailleurs un rapport étroit entre l’attention et la respiration, les

physiologistes et les psychologues ont en effet montré que l’attention n’était pas

uniforme et qu’elle présentait un maximum d’acuité dans les intervalles des

mouvements respiratoires. Ainsi, un rythme pulmonaire de seize à dix-huit

expirations à la minute comporte seize à dix-huit efforts brefs d’attention entrecoupés

de périodes de repos.

Il en résulte que la respiration profonde, qui utilise la totalité de la capacité

pulmonaire et réduit le rythme respiratoire, augmente la durée des pauses favorables

à l’attention.

Mais ce n’est pas seulement avec les muscles de vos membres et avec les

muscles respiratoires que l’attention a des liens étroits. Elle en a aussi avec les mots

qui sont, si l’on peut dire, des agglomérés de souvenirs musculaires.

De sorte que pour fixer les idées vous pourrez recourir au mot, au mot parlé

et au mot écrit.

Le mot maintiendra l’idée dans l’esprit et celle-ci deviendra rapidement un

centre de cristallisation et d’attraction.

Par conséquent, au point de vue pratique, c’est à voix haute ou plume à la

main que vous entreprendrez tout travail intellectuel, un travail de mémorisation par

exemple que votre esprit accepte difficilement. Des lectures adéquates, faites

préalablement, vous aideront aussi à établir un climat favorable.

En outre, des exercices appropriés, que nous examinons dans le paragraphe

qui suit, permettront de développer votre attention, ou, à la fois, votre attention et

votre mémoire.

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