Orientation Comment construire de la cohérence ?

Aujourd’hui, l’homme (et les jeunes en particulier) sont soumis à beaucoup de tensions conflictuelles voir contradictoires. Et puisqu’il ne peut satisfaire toutes ces contraintes, il va souffrir, se sentir en permanence indapté. Deux possibilités donc : soit ces valeurs contradictoires vont s’effondrer, et on parvient à une société plus saine, soit on va arriver peu à peu à une bonne schizophrénie sociale…

I) Les tensions contradictoires

1) Le travail La valeur du travail : il faut travailler pour être utile à la société, le travail rend libre, et c’est le meilleur moyen de se réaliser. On juge mal ceux qui ne réussissent pas ou ont peu d’ambition, et il y a une pression pour etre de plus en plus compétitif, avoir le travail le plus qualifié possible, s’investir beaucoup, au dépens de la vie privée. Le chomage et le travail de plus en plus précaire font que les gens qui voudraient travailler (parce qu’ils ont intériorisé la valeur du travail) ont du mal à le faire, d’où une perte d’estime de soi En plus, il y a l’idée que nous devons nous réaliser et trouver le bonheur dans notre travail, or ce travail idéal n’existe pas. Dans la pratique le boulot est pénible. On a l’impression d’avoir trahi nos rêves de jeunesse, et on est deçu par ce que ce travail est devenu

2) Le couple

L’amour idéal : le couple ne doit tenir que par amour, et ce doit être le principal moyen de s’épanouir. Si vous avez des problèmes de couples, ça veut dire non seulement que vous n’avez pas trouvé l’amour, mais aussi que vous etes en train de perdre du temps précieux dans la recherche de l’amour idéal que vous rencontrerez peut-être ailleurs. Or il y a la réalité : le couple est négligé car le travail apparait comme une priorité, on a peu de temps. Du coup il parait difficile de construire quelquechose de vraiment satisfaisant. (NB : l’amour et l’entente se construisent, comme tout le reste d’ailleurs) Il faut être raisonnable, et ne pas prendre trop de risques pour quelqu’un qu’on vient de rencontrer, ne pas sacrifier ses projets ou carrière, ne pas trop se donner.

3) L’enfant

Toute la société met l’accent sur la nécessité de la procréation pour l’épanouissement personnel (des femmes surtout) En même temps, les parents sont seuls à s’occuper de lui (et ils sont plutot réticents à le confier à des amis, à le laisser). L’enfant devient un obstacle dans la vie de couple, souvent sacrifiée, et pour la carrière professionnelle de la mère (qui doit parfois choisir entre enfant et boulot).

4) La réussite matérielle

Il faut avoir de l’argent, il faut être ambitieux et vouloir monter en grade. De même il faut essayer de maintenir le train de vie (sinon vous êtes un mauvais chef de famille). Ceci impose une contrainte : on a du mal à changer de travail pour ne pas risquer de tout perdre, on doit accepter des compromis.

5) Autres remarques

 Tous les problème rencontrés juste là viennent du décalage entre la réalité et des images idéales que l’on ne peut atteindre (du moins simultanément dans plusieurs domaines, mais parfois tout court), et qui sont pourtant présentées comme un but suprême à atteindre (sinon la vie aura été un échec). Les promesses (pub, politique, médias) de richesse ont donné lieu à des revendications et souhaits qui ne seront jamais satisfaits. La contrainte de temps : toujours sous pression, il faut toujours courir, on n’a pas le droit de prendre du temps pour soufler car sinon on va nous passer devant. Perte de sens (spirituel) : il faut tout ici et maintenant.

II) La réorganisation

1) Il me semble donc qu’il est absolument fondamental pour l’équilibre de chacun de faire un bilan personnel pour supprimer les contradictions. L’idée c’est que nous sommes libres de choisir quelle direction donner à notre vie, mais que nous n’avons pas le droit d’etre incohérents. Bien sur, il est usuel de répéter que « la vie est incohérente, et c’est bien comme ça, sinon on serait des monstres ». Mais c’est une idée qui fait toujours beaucoup de mal, et qui sert à se donner bonne conscience : puisque l’incohérence est naurelle, autant ne rien faire. Et donc on reste malheureux, on oscille toute sa vie, pendant que le temps passe… Conclusion : c’est mieux de chercher la cohérence. Pour cela, il s’agit d’instituer des directions prioritaires que nous voulons donner à notre vie, et d’étudier toutes les conséquences que ce choix implique. Si l’on ne peut accepter ces conséquences, alors il faut changer la direction initiale. Là encore, la solution de facilité c’est de faire l’autruche et de ne rien choisir, mais dans ce cas le choix se fera tout seul, malgré vous, et il sera peut-être mauvais. Ainsi, dans tout les cas, il vaut mieux faire un choix et s’y tenir (ceci peut s’apprendre, c’est une technique de programmation de pensée).

2) Pour ne pas en rester à des constructions théoriques et abstraites, je vais vous expliquer le choix que moi j’ai fait, non parce qu’il me parait meilleur que celui d’un autre, mais parce que finalement j’ai les idées claires là-dessus, et je crois être parvenu à quelquechose de cohérent. Notez bien que je ne suis absolument pas en train de dire que vous devriez choisir de même, de chercher à vous influencer. Bien au contraire, il est fondamental que chacun trouve précisément ce que LUI veut faire de sa vie, et je sais que mes choix ne conviendront qu’à une faible minorité. Je vais donner ici mon exemple pour montrer le type de raisonnement qu’il faudrait mener si on veut se libérer de l’emprise des tensions contradictoires. Je pars de l’idée que je veux consacrer ma vie aux gens, avoir du temps pour tous celle et ceux que j’aime (pas simplement pendant un week-end ou les rares semaines de congé légal). Ceci me ferme directement plein de portes de carrière professionnelle. Il me faut un boulot qui laisse du temps à coté pour voir les gens qui se trouvent pas trop loin. Et comme les gens que j’aime sont parfois à des endroits éloignés (ne serait-ce que de 300km), il faut que je puisse trouver des longues périodes de congé pour les voir. Il y a maintenant des contraintes de réalisme : un tel boulot, super-flexible, est difficilement super-payé. Et en plus, je ne pourrai pas être payé pendant des longs congés. Une autre raison qui fait que je ne pourrai pas trouver un boulot très bien payé c’est que je cherche un boulot « éthique ». A partir de là, je déduis qu’il me faut trouver un mode de vie où j’ai du temps certes, mais pas beaucoup d’argent. Ceci influe d’une part sur la consommation personnelle, qui est facile à réduire, mais ça devient plus délicat si on veut une famille et des enfants. Il faut peut-être réaliser des compromis, je décide que je n’ai pas besoin d’enfants. Vous voyez, que l’on commence à avoir beaucoup de contraintes, et toutes ne sont pas agréables au départ (il faut sacrifier une certaine ambition de carrière, de richesse, etc), mais bon, pas le choix, en gardant ma position de départ il faut que j’assume tout le reste. Il s’agit simplement d’intérioriser ces contraintes pour que leur respect devienne un automatisme, qu’il ne soit plus couteux de les respecter, tout comme on intériorise le fait de se laver les dents ou faire du ménage de temps en temps. Ainsi seulement elles ne me pèseront plus.

3) Voilà voilà.

Tout ceci ne m’est pas apparu comme ça d’un coup, ça s’est imposé peu à peu, après plusieurs tentatives et des théories pour les justifier. Je cherchais notamment à l’époque ce que pouvait être un boulot « utile », et de cette interrogation difficile (et sans réponse universelle) tout est parti. J’espère que ça donne un peu mieux l’idée du type de raisonnement qu’on devrait faire, consciemment ou non. Prendre le temps de mettre au clair toutes ces idées permet ensuite d’avoir beaucoup plus d’assurance, et de commencer à réaliser vos projets. Une dernière note : je suis conscient que j’ai un chance énorme de pouvoir faire un choix de ce genre, de pouvoir trouver un boulot qui me garantit ces conditions idylliques (prof à l’étranger, en prenant des années de congé) et d’avoir une partenaire dont les choix sont compatibles avec les miens. Ce que je voulais dire ici, c’est simplement que, quelles que soient vos contraintes, il est toujours possible d’essayer de tirer les conséquences de vos choix, et apprendre à les intérioriser pour ne pas en souffrir.

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