Le système des articulations chiffrées

Le plus célèbre des systèmes basés sur les articulations chiffrées est celui de

l’abbé Moigno qui en avait retiré pour lui-même des résultats véritablement

surprenants. Grâce à son procédé, il se flattait de pouvoir retenir toutes les dates

historiques ou autres, les hauteurs de toutes les montagnes du globe et même les

nombres les plus longs et les formules les plus compliquées.

A ce sujet, il a raconté l’anecdote suivante: « Que de fois il m’est arrivé

d’étonner et presque d’agacer François Arago en le forçant accidentellement de

constater ce que j’avais appris par la mnémotechnie ! Je me trouvai plus d’une fois

dans son cabinet de travail au moment où il préparait le dépouillement de la

correspondance de l’Académie des sciences. Quand elle lui apportait par exemple une

nouvelle mesure de l’une des principales montagnes du globe, son premier soin était

de la comparer à la hauteur déjà consignée dans l’Annuaire, et l’Annuaire avait

disparu sous la masse énorme de volumes, brochures, etc., qui encombraient toutes

les tables. Après l’avoir laissé longtemps chercher en vain je me hasardais à lui

demander le nom de la montagne dont il s’agissait. S’il me nommait le mont Rose, le

Vignemale, le Chimborazo, le mont Cervin, l’Himalaya, etc., je lui répondais

aussitôt: 4 638 m, 3 298m, 6 310m, 4 482m, 8 882 m, etc., et il me menaçait, en

riant, de me faire brûler comme un sorcier. Un jour, comme pour prendre sa

revanche, il se vanta de savoir par coeur les seize premiers chiffres du rapport de la

circonférence au diamètre. « Que vous êtes mal tombé, maître, m’écriai-je, si vous

me demandez les dix chiffres successifs à partir du 60e, je vous dirai, 4, 4, 5, 9, 2, 3,

0, 7, 8, 1. Il m’arrête presque courroucé. » Il y avait évidemment de quoi!

Le même auteur fait remarquer « que, dans votre siècle, plus que dans tous

les autres, les données numériques à retenir vont se multipliant sans cesse

indéfiniment et que, sans la mnémotechnie, vous n’en retiendrait qu’un nombre

infiniment petit, tandis qu’avec elle, vous en retiendra un nombre immense ».

L’argument n’est pas sans valeur, avec les codes de cartes bancaires, ces codes

d’accès, les numéros de portables, de compte en banque etc. dont nous avons besoin

quotidiennement et c’est une des raisons pour lesquelles nous estimons que l’on peut

avoir parfois recours aux procédés des articulations chiffrées.

En principe, dans ces systèmes, vous traduisez les chiffres et les nombres, qui

n’ont aucun sens, par autant de mots qui ont un sens et vous introduisez ceux-ci dans

des phrases. Ce travail terminé, il suffit de graver les phrases dans sa mémoire, ce qui

est généralement facile, et, le moment voulu, vous leur donnez leur signification

chiffrée. La table de correspondance suivante, actuellement utilisée par beaucoup de

mnémotechniciens, est inspirée des travaux de l’abbé Moigno.

1 : t ou d.

2 : n (ne) ou gn (gne).

3 : m (me).

4 : r (re).

5 : l ou II mouillés.

6 : j (je) ou ch (che) doux (comme dans chien) ou g (ge) doux (comme dans genou).

7 : q(que) ou ch dur(comme dans cholérique) ou g dur (comme dans gare) ou c dur (comme dans castor) ou k.

8 : f(fe) ou v (ve) ou ph

9 : p ou b

0 : c (ce) doux (comme dans ceci) ou s (se) doux (comme dans selle) ou z (ze) ou t se prononçant s (comme dans motion) ou x se prononçant s (comme dans dix).

On retiendra facilement cette table en faisant les remarques suivantes:

t, représentant 1, n’a qu’un jambage et ressemble au chiffre 1; n, représentant

2, a deux jambages: m, représentant 3, a trois jambages; r, représentant 4, ressemble

à ce chiffre renversé; l, représentant 5, ressemble au 5 que, dans l’écriture cursive,

l’on fait d’un seul trait de plume; j représentant 6, a une boucle en bas comme le

chiffre 6; q ou k ressemblent, comme le chiffre 7, à une sorte de potence; f,

représentant 8, a deux boucles comme le chiffre 8; p, représentant 9, a une boucle à

sa partie supérieure comme le chiffre 9; c, représentant 0, offre une certaine

ressemblance avec ce chiffre.

Pour s’en souvenir, vous pouvez également, avec l’abbé Moigno, utiliser ce

vers (à vrai dire médiocre, mais cela n’a guère d’importance étant donné le but visé)

où les mots commencent successivement par les lettres, d, n, m, r, etc., rangés dans

l’ordre 1, 2, 3, 4, etc.:

Dieu ne me rend la

1 2 3 4 5

joie qu’à vos pieds saints

6 7 8 9 0

La table étant sue imperturbablement, vous substituez les lettres aux chiffres;

puis vous construisez des mots et des phrases. Soit, par exemple, à retenir la hauteur

du Mont-Blanc: 4810 m. Remplaçons chaque chiffre par la consonne correspondante.

Vous obtenons r, v, d, s. Cette première traduction n’a aucun sens et il est aussi et

même plus difficile de se rappeler r, v, d, s, que de se souvenir de 4 810. Mais le

travail ne s’arrête pas là. Les consonnes ne constituent que la trame du mot réel; pour

le créer vous introduit entre celles-ci des voyelles. Toute liberté étant laissée au

mnémotechnicien, vous pouvons former le mot ravaudeuse. Et la phrase à utiliser

pourra être celle-ci: Mon blanc manteau est chez la ravaudeuse (r, v, d, s: 4810) soit

4810 mètres.

Quelques règles doivent être appliquées.

1° Seules, les consonnes sonnantes représentent des chiffres. Ainsi, dans

«consonne», il n’y a que c, s et n qui doivent se traduire en chiffres, ce qui donne 702

et non 7022, le deuxième n ne comptant pas. De même, n et m ayant un son nasal

comme dans en, un, ara, etc., ne comptent pas.

2° Les consonnes non prononcées ne comptent pas. Ainsi, au mot « compte »

correspond 71 et non 731 car m n’est pas prononcé. «Comptoir» fera 714, car le p

n’est pas prononcé.

3° Une consonne qui termine un mot doit être comptée si elle sonne par suite

d’une voyelle commençant le mot suivant. Ainsi «tout » exprime 1 et «tout à » donne

11.

4° Si, dans la plupart des cas, les consonnes redoublées ne comptent pas, il y

a exception lorsqu’elles sont prononcées comme dans « accent » qui se dit « aksent ».

Comment développer votre attention et votre mémoire

33

Le système des articulations chiffrées peut être employé pour établir des

formules mnémoniques relatives à la géographie, à histoire, aux mathématiques (par

exemple la détermination d’un certain nombre de décimales de pi qui représente le

rapport de la circonférence à son diamètre et qui est exprimé approximativement par

la fraction 22/7), à la physique et aux diverses mémorisations. En l’occurrence, il

convient de noter que les meilleures formules, ou, plus exactement, les plus

facilement utilisables, sont celles que l’on établit soi-même.

En ce qui concerne l’histoire, vous peut supprimer le 1 du millésime lorsqu’on

sait pertinemment que l’événement se situe après l’an mille. Le mot, qui exprime ce

millésime, se trouve simplifié. C’est ce que vous avons fait à partir du 4e exemple de

la liste suivante.

Bataille de Soissons. Après la bataille de Soissons, Clovis humilié prit sa

revanche (r, v, ch, = 486).

Bataille de Poitiers. Après cette bataille, Charles Martel chassa les Sarrasins

de nos communes (c, m, n, = 732).

Soumission des Lombards et des Saxons à Charlemagne. Des Lombards et

des Saxons, Charlemagne fut le conquérant (c, q, r, = 774).

Bataille de Crc«y. Perdue par Philippe VI, elle permit aux Anglais de

continuer leur marche (m, r, ch, = 346), soit 1346.

Mort de Jeanne d’Arc. Elle mourut à Rouen de brûlures sans remède (r, m, d,

= 431), soit 1431.

Bataille d’lvry. Avec son panache blanc, Henri IV portait la victoire partout

il passait (l, p, s, = 590) soit 1590.

Prise de Port-Mahon. La prise de Port-Mahon fut annoncée au son des

cloches (c, l, ch, = 756), 1756.

Bataille de Valmy. Valmy couronna une heureuse campagne (c, p, n, = 792),

soit 1792.

Mort de Robespierre. Par un juste retour des choses, Robespierre mourut sous

le couperet (c, p, r, = 794), soit 1794.

Bataille d’Austerlitz. Cette bataille coûta 20 000 fusiliers (f,, s, ll, = 805), soit

1805.

Bataille de Waterloo. Pour l’empereur, elle fut fatale f, t, l, = 815), soit 1815.

Avènement de Louis XVIII. Louis XVIll fut ramené en France par les alliés

dans leurs voitures (v, t, r, = 814), soit 1814.

Comment développer votre attention et votre mémoire

34

Avènement de la IIe République. La IIe République eut des adeptes fervents

(f, r, v, = 848 soit 1848.

Avènement de Napoléon III. Napoléon III eut des passions violentes (v, l, t, =

851), soit 1851.

Proclamation de la IIF République. Par la IIIe République, l’Empire fut cassé

définitive-ment (f, c, s, = 870), soit 1870.

Quelques procédés mnémotechniques

Il existe, pour aider la mémoire, de nombreux systèmes qui sont désignés

sous le nom de procédés mnémotechniques. Ils furent très employés autrefois, surtout

à la suite des travaux de l’abbé Moigno, dont nous parlons plus loin, pour apprendre

des dates, des nombres particuliers tels que le rapport de la circonférence au

diamètre, des données astronomiques, des densités, des poids atomiques, les hauteurs

des principales montagnes, des chiffres de population, etc., ou, encore, pour retenir

des classifications, des divisions dans les disciplines scientifiques telles que la

zoologie, l’anatomie, la botanique, la géologie, où la mémoire joue un rôle important.

Disons immédiatement que, en règle générale, ces procédés ne doivent pas

remplacer la mémoire ordinaire car ils empêchent l’esprit de se diriger vers les

rapports logiques des idées, selon le bon sens et la raison, et peuvent même l’habituer

aux calembours et aux facéties.

C’est ainsi que pour retenir les chefs-lieux de départements et

d’arrondissements, il a été conseillé d’utiliser des phrases plus ou moins baroques,

véritables coq-à-l’âne, telles que celles-ci:

Ah race d’avocats, pour vous, pas de cas laids (Arras, chef-lieu du Pas-de-

Calais).

Chartreux, vous êtes d’heureux loirs (Chartres, chef-lieu de l’Eure-et-Loir).

Un jour que j’étais pris d’une soif de lionne (Yonne), je vis à quoi l’eau sert

(Auxerre, chef-lieu de l’Yonne) et comme un homme de bon sens (Sens, chef-lieu

d’arrondissement) j’y joignis (Joigny, chef-lieu d’arrondissement) un peu de sucre.

Puis je me dis: tonnerre (Tonnerre, chef-lieu d’arrondissement), avalons (Avallon,

chef-lieu d’arrondissement).

Dans quelques cas, et si l’acuité auditive est bonne, vous a aussi préconisé

l’emploi de formules rimées. L’une des plus connues est celle-ci:

Le carré de l’hypoténuse

Est égal, si je ne m’abuse,

A la somme des carrés

Construits sur les deux autres côtés.

Mais répétons-le, ces procédés sont en règle générale insuffisants.

Vous les donnons donc surtout à titre de curiosités. Toutefois, comme

certains d’entre eux, le système des relais par exemple, peuvent être utiles, il n’est pas

défendu de les employer à l’occasion. En outre, ils trouvent leur emploi dans des jeux

de société ou dans des jeux comme ceux qui sont présentés à la radio ou à la

télévision. Examinons ici les systèmes les plus pratiques et les plus efficaces: le

système des relais, le système des articulations chiffrées et quelques autres procédés

de moindre importance.

Sachez oublier

Enfin, et ainsi que vous l’avons indiqué, il faut savoir oublier.

Or, fait curieux et en apparence contradictoire, pour oublier volontairement

un souvenir, il faut y penser fortement pendant quelques instants.

De sorte que l’on chassera facilement de son esprit une idée obsédante en la

précisant par écrit ou en la traduisant par un schéma. Après quoi vous brûlerez le

papier ou vous le jetterez au panier.

Sir Winston Churchill conseillait d’employer un procédé de ce genre pour se

libérer de ses soucis. « Lorsque, disait-il, vous vous sentez oppressé sans savoir au

juste pourquoi, dressez la liste de toutes les causes éventuelles de soucis que vous

pouvez avoir. Une fois posés sur le papier, ces problèmes s’abordent plus facilement.

Celui-ci ne mûrira pas avant six mois, vous dites-vous; je connais la solution de

celui-là; cet autre est vraiment le seul qui exige une réponse urgente et je vais m’y

atteler sur-le-champ. Dès l’instant où vous divisez la masse de vos tracas en autant de

cas précis et concrets, vous en devenez maître. La seule chose à laquelle l’esprit

humain ne peut se résigner est le mystère. »

Vous pouvez vous référer aux exercices de « Comment vous débarrasser de

vos soucis et de vos pensées négatives par la Méthode Vittoz », publiés par le Club-

Positif, (www.club-positif.com) pour vous perfectionner dans ce domaine.

Faites immédiatement ce qui doit être fait

Il convient de ne pas laisser encombrer votre esprit et par conséquent votre

mémoire par l’idée que vous avez à accomplir ces nombreux petits actes journaliers

qu’il faut nécessairement exécuter à un moment donné. Car si vous devez vous

souvenir des mille petits détails de l’existence habituelle votre esprit cessera d’être

disponible pour des problèmes réellement intéressants.

Pour cela, il faut vous habituer à faire immédiatement ce qui doit être fait.

Ainsi, sauf pour des lettres et les emails dont la réponse demande quelque temps de

réflexion, vous répondrez immédiatement au courrier qui vient d’arriver. Ce sera une

affaire à laquelle vous ne pensera plus et vos correspondants vous sauront gré de

votre promptitude. Si vous avez un paiement à effectuer, vous le règlerez le plus tôt

possible, ce qui vous évitera de penser à cet acte (qui peut être désagréable) et, de

plus, donnera satisfaction au créancier. De même, une note à faire payer sera d’autant

plus facilement acceptée par le débiteur que le souvenir de la dette est plus récent.

N’attendons donc pas pour lui envoyer cette note.

On pourrait multiplier les exemples de ce genre: découpez tout de suite dans

un journal l’article que vous voulez garder et scannez le immédiatement; notez

immédiatement sur une fiche le renseignement que vous désirez conserver; remettez

en place l’objet que vous venez d’utiliser, etc.

Il est non seulement recommandé de ne pas surcharger inutilement sa

mémoire, mais, dans un certain nombre de cas, il faut aussi oublier.

Une mémoire trop prenante et trop tenace peut constituer en effet une entrave

au développement supérieur de l’esprit, d’une part, à cause de l’encombrement qu’elle

occasionne, et, d’autre part, parce qu’elle peut obscurcir et restreindre le jugement. De

plus, elle est susceptible de fournir des aliments à de véritables obsessions, mais, à ce

sujet, pour se préserver de ce qui ne lui plaît pas, votre esprit élimine parfois

automatiquement certaines images chargées d’un complexe affectif désagréable.

En tout cas, pour éviter cet encombrement, il est d’abord nécessaire, comme

vous venons de le dire, de ne jamais remettre au lendemain ce que l’on peut faire le

jour-même, et, en outre, dans un autre mode de comportement, il faut refuser votre

attention aux pensées sans valeur ou inutiles, aux images inopportunes, aux textes

sans intérêt, aux détails superflus. A cet effet, comme le conseille Jules Payot que

vous avons cité au début du chapitre, il suffit de « ne rien retenir du premier coup ».

Exercices d’attention et de mémoire

L’un des meilleurs exercices d’attention consiste à choisir 3 sujets

différents, par exemple une question personnelle, une question professionnelle, un

sujet d’ordre scientifique, philosophique ou littéraire.

Puis, pendant 5 minutes, montre en main, pensez uniquement au premier

sujet. Si des idées étrangères vous en éloignent, vous ramenez à la conscience la

question choisie. Au bout de 5 minutes vous passez brusquement au second sujet, et,

enfin, 5 minutes après au dernier sujet. Quand vous vous serez suffisamment exercé,

il vous sera facile de penser uniquement à ce que vous avez décidé d’examiner et de

rejeter instantanément les idées parasites ou obsédantes.

En partant d’un nombre quelconque, 100 par exemple, comptez

mentalement, en décroissant, au rythme de la seconde: 99; 98 ; 97; 96; etc. Lorsque

vous aurez compté facilement de 100 à 1, bien régulièrement et sans arrêt, vous

augmenterez la difficulté en partant de 200, de 300, de 400 ou de 500.

Effectuez de tête un calcul numérique relativement facile en inscrivant

les chiffres sur un tableau imaginaire et en cherchant à obtenir le résultat sans utiliser

ni papier ni crayon.

Parlez lentement en concentrant votre attention non seulement sur

l’idée exprimée mais aussi sur les mots.

Dans les écrits, appliquez-vous à mettre correctement les points, les

accents, la ponctuation, la barre à la lettre t, à diriger convenablement les lignes, à

ordonner harmonieusement l’ensemble de la calligraphie.

Vous éduquerez rapidement votre ouie et en même temps votre

attention en vous efforçant de saisir les différences de timbre dans les voix, en

cherchant à caractériser une personne par le rythme et le bruit de ses pas, en vous

évertuant à pénétrer le sens des paroles échangées par des passants.

Grâce à un entraînement de ce genre, des individus de certaines peuplades

primitives parviennent, l’oreille collée au sol, à détecter des bruits lointains, quasiinaudibles

et à déterminer leur nature. Vous savez, d’autre part, que les aveugles ont

généralement une perception auditive et une attention très aiguës qu’ils ont

progressivement perfectionnées. Ils peuvent, d’après le son de leur pas, savoir s’ils

s’approchent ou s’ils s’éloignent d’un objet, si celui-ci est mobile ou immobile, etc.

Les exercices suivants, assez différents de ceux que vous venons de voir,

accroissent également l’attention.

Prenez une feuille de papier entre le pouce et l’index, puis, pendant

cinq minutes, tenez-la verticalement sans qu’elle oscille.

Maintenez à bout de bras un verre rempli d’eau et évitez les moindres

trépidations.

Placez-vous contre un mur, le dos bien appliqué à la maçonnerie, le

corps très droit, les talons touchant le mur, les bras tombant le long du corps.

Respirez largement et calmement. Puis, sans changer la position du corps, élevez la

jambe droite de manière que le poids du corps porte sur la jambe gauche. Cherchez à

maintenir l’équilibre. Celui-ci étant obtenu, élevez les bras le long du mur jusqu’à ce

qu’ils atteignent l’horizontale, puis abaissez-les en réglant le mouvement d’élévation

et d’abaissement sur votre propre rythme respiratoire.

Redoublez d’attention afin d’associer parfaitement le mouvement des bras

avec la cadence respiratoire. Lors de la dilatation des poumons, élevez les bras et

laissez-les descendre lentement à mesure que vos poumons se vident d’air. Cherchez

à bien rythmer le mouvement. Seuls, les membres supérieurs et la cage thoracique

doivent y prendre part. Votre corps doit toujours demeurer appliqué contre le mur

sans bouger en aucune sorte. Cet exercice peut être modifié en élevant les bras

jusqu’à ce qu’ils soient verticaux de chaque côté de la tête. En l’occurrence, toute

votre attention doit tendre à vous maintenir contre le mur malgré l’instabilité de la

position.

Réunissez les deux mains en croisant les doigts, puis décrivez un petit

cercle avec le pouce droit en vous efforçant de le faire le plus régulier possible.

Ensuite, alors que votre pouce tourne, exécuter avec le pouce gauche un mouvement

analogue mais en sens opposé. Au début, vos mouvements s’embrouillent vite, des

distractions vous amènent des arrêts, mais, à mesure que votre concentration mentale

devient meilleure, que votre attention se développe, vous réaliserez de mieux en

mieux l’exercice.

Un exercice du même ordre consiste à mettre en jeu les deux mains

dont les doigts sont allongés et réunis en pointe. Vous tenez vos mains devant vous,

l’une en face de l’autre, à une faible distance. Vous faites décrire à la main droite une

circonférence d’une vingtaine de centimètres de diamètre, et, tout en continuant ce

mouvement de rotation, vous décrivez avec la main gauche une circonférence

analogue, mais en tournant en sens inverse.

Voici maintenant quelques exercices qui développent à la fois l’attention et la

mémoire.

L’un des plus simples et cependant très efficace consiste à mélanger 10

ou 12 morceaux de carton coloriés différemment, à les aligner sur une table, et, dos

tourné, à déterminer la position de chaque carton en commençant par la gauche ou

par la droite.

Les deux exercices qui suivent sont plus compliqués.

Faites établir par une tierce personne un tableau divisé par exemple en

douze cases sur chacune desquelles un objet (soucoupe, vase, chandelier, balance,

parapluie, marteau, tenaille, etc.) est représenté. Vous regardez attentivement ce

tableau afin d’obtenir un souvenir exact et complet de ce que représente chaque objet,

de la place qu’il occupe et de la manière dont il est disposé dans la case.

Un second tableau de 12 cases a été également établi mais les dessins figurant

dans chaque case ne sont pas à la même place que dans le tableau précédant, et, en

outre, ils peuvent présenter une disposition différente. Ainsi, l’image d’un marteau

ayant été dessinée dans le premier tableau selon l’une des diagonales d’une case peut

être dessinée selon l’autre diagonale dans le second tableau; le plateau de l’image

d’une balance peut pencher à droite dans le premier tableau et pencher à gauche dans

le second, etc.

Le premier tableau étant retiré de votre vue, l’exercice consiste, après avoir

examiné avec attention le second tableau, à indiquer, d’une part, pour chaque dessin,

le numéro de la case du premier tableau dans laquelle il figurait, et, d’autre part, à

préciser si le dessin a été modifié, soit par sa position, soit par quelques détails

particuliers.

En remplaçant les dessins d’objets par des figures d’aspect

géométrique, l’exercice, bien qu’étant analogue au précédent, est plus difficile à

réaliser. En effet, sa difficulté résulte du choix des figures géométriques qui, par leur

forme abstraite, éveillent peu l’imagination de sorte que leur souvenir se conserve

mal. Surtout si elles sont tracées à partir d’un petit nombre d’éléments (lignes droites

et lignes courbes, par exemple, à l’exclusion d’autres lignes) et si, en outre, quelques

figures sont analogues.

D’autres exercices peuvent être réalisés au gré des circonstances, c’est-à-dire

sans préparation préalable.

L’un d’eux consiste, comme le faisait Robert Houdin, à observer les

objets exposés dans une vitrine, à en établir la liste une fois rentré chez soi et à aller

la vérifier le lendemain. Le célèbre prestidigitateur avait ainsi acquis une telle

puissance d’attention qu’il lui suffisait de jeter un coup d’oeil sur la vitrine d’un

magasin pour être en mesure de dire immédiatement tout ce qui s’y trouvait. Il

donnait l’impression de décrire une photographie.

Une variante de cet exercice consiste à entrer dans une chambre

meublée, jeter un regard rapide autour de soi puis noter tous les détails que vous avez

pu recueillir. Vous serez étonné des progrès rapides qui suivront cet entraînement.

Vous pouvez également examiner un objet quelconque, considérer sa

forme, ses dimensions, sa couleur, ses détails particuliers, etc., puis, retiré de la vue,

en faire de mémoire une description aussi complète que possible. Quand elle est

terminée, vous la comparez avec l’objet.

Le lendemain, vous recommencez l’exercice avec le même objet et vous

constatez alors que les impressions qu’il détermine sont bien plus nombreuses et que

beaucoup de détails nouveaux surgissent à votre conscience.

Vous pouvez aussi, à la manière des policiers, observer rapidement

une personne, fermer les yeux ou détourner la tête et vous remémorer les détails

entrevus: coiffure, couleur des cheveux, des yeux, forme du nez, des lèvres, couleur

et dessins de la cravate, etc.

En pratiquant régulièrement les divers exercices décrits dans ce chapitre vous

développerez d’une manière insoupçonnée votre faculté d’attention, et, en même

temps, votre mémoire. Par la suite, chaque perception prendra sa valeur réelle, les

choses se présenteront sous des rapports nouveaux et vous leur découvrirez des

aspects originaux. Votre vie mentale deviendra ainsi plus intense et s’enrichira

d’autant.

Cultivez votre attention

 

La culture de l’attention, bien qu’étant en marge de la culture de la mémoire,

se rattache étroitement à celle-ci, car, le plus souvent, le développement de la

mémoire est proportionnel à celui de l’attention. En cultivant l’attention, vous

cultivez donc en même temps la mémoire.

C’est ce que Montaigne avait depuis longtemps déjà remarqué en écrivant:

«L’attention est le burin de la mémoire.»

De plus, l’attention volontaire est l’outil le plus utile de la culture

intellectuelle et l’une des conditions de la réussite dans la vie. D’une façon générale,

le développement de l’intelligence est proportionnel à celui de l’attention. Les jeunes

enfants concentrent difficilement leur attention, leur esprit est mobile et superficiel.

D’autre part, Buffon n’a-t-il pas dit que le génie était une longue patience, c’est-à-dire,

en somme, une grande aptitude à l’attention, et l’on connaît le mot de Newton à qui

l’on demandait comment il avait découvert le système du monde: « En y pensant

toujours. »

En outre, si vous voulez éviter les oublis, les bévues, les maladresses et les

fautes, en un mot si l’on désire être à la hauteur de sa tâche, qu’elle soit intellectuelle

ou manuelle, et la mener à bonne fin, il faut être capable d’attention.

Or, l’attention volontaire, qui consiste à arrêter le défilé des sensations,

perceptions, idées, sentiments, et à considérer un de ces états de conscience à

l’exclusion provisoire des autres, est susceptible d’éducation, donc de redressement et

de progrès. Les principes qu’il convient de suivre pour la corriger et la développer

découlent des caractéristiques de l’attention spontanée.

Elles ont été précisées par Théodule Ribot:

« Dans le cas d’attention spontanée, écrit-il, le corps entier converge vers son

objet, les yeux, les oreilles, quelquefois les bras, tous les mouvements s’arrêtent. La

personnalité est prise, c’est-à-dire que toutes les tendances de l’individu, toute son

énergie disponible visent un même point. L’adaptation physique et extérieure est le

signe de l’adaptation psychique et intérieure. »

Votre premier soin sera donc de maîtriser vos mouvements inconscients. Les

grands nerveux gesticulent, remuent constamment les pieds et les mains, sursautent

au moindre bruit ou à la moindre émotion. Les idées traversent sans cesse leur

cerveau et ils ne peuvent en arrêter aucune. Enfin, ils s’emportent facilement. A vous

de ne pas les imiter et d’imposer le calme à vos réactions musculaires involontaires:

vous créerez ainsi les conditions physiologiques de l’attention, car, ainsi que l’a dit

William James à propos de la peur, et cette remarque s’applique à un grand nombre

d’états psychiques où l’émotion entre en jeu, « l’on ne s’enfuit pas parce qu’on a peur,

mais l’on a peur parce qu’on s’enfuit ».

De plus, quelques mouvements matinaux de gymnastique exécutés lentement

en leur accordant toute votre attention, des exercices bien rythmés de respiration

profonde, vous aideront à vaincre vos réflexes musculaires inopportuns.

Il existe d’ailleurs un rapport étroit entre l’attention et la respiration, les

physiologistes et les psychologues ont en effet montré que l’attention n’était pas

uniforme et qu’elle présentait un maximum d’acuité dans les intervalles des

mouvements respiratoires. Ainsi, un rythme pulmonaire de seize à dix-huit

expirations à la minute comporte seize à dix-huit efforts brefs d’attention entrecoupés

de périodes de repos.

Il en résulte que la respiration profonde, qui utilise la totalité de la capacité

pulmonaire et réduit le rythme respiratoire, augmente la durée des pauses favorables

à l’attention.

Mais ce n’est pas seulement avec les muscles de vos membres et avec les

muscles respiratoires que l’attention a des liens étroits. Elle en a aussi avec les mots

qui sont, si l’on peut dire, des agglomérés de souvenirs musculaires.

De sorte que pour fixer les idées vous pourrez recourir au mot, au mot parlé

et au mot écrit.

Le mot maintiendra l’idée dans l’esprit et celle-ci deviendra rapidement un

centre de cristallisation et d’attraction.

Par conséquent, au point de vue pratique, c’est à voix haute ou plume à la

main que vous entreprendrez tout travail intellectuel, un travail de mémorisation par

exemple que votre esprit accepte difficilement. Des lectures adéquates, faites

préalablement, vous aideront aussi à établir un climat favorable.

En outre, des exercices appropriés, que nous examinons dans le paragraphe

qui suit, permettront de développer votre attention, ou, à la fois, votre attention et

votre mémoire.

Le meilleur moment pour apprendre

La conservation des souvenirs exige des circonstances favorables telles

qu’une bonne nutrition, une bonne circulation, une bonne oxygénation cérébrales. Or,

même si ces conditions sont remplies, la mémorisation est difficile lorsque le cerveau

est fatigué. Si vous êtes surmené, las, énervé, vous êtes peut-être capable d’effectuer

un travail machinal, de prendre des notes, d’écrire une lettre, mais vous vous trouvez

dans de mauvaises conditions pour apprendre. Cela est si vrai que les candidats qui

préparent un examen ou un concours dans un état de surmenage gardent peu de

souvenirs des leçons qui leur sont faites au cours de la période qui correspond à cet

état.

En règle générale, c’est dès les premières heures qui suivent le réveil que le

cerveau est dispos et que l’énergie de l’esprit est la plus grande. Ainsi, les auteurs ont

remarqué qu’ils ont, le matin, plus de facilité pour écrire; l’après-midi ou le soir ils

préfèrent observer, prendre des notes, faire des projets. D’autre part, de nombreuses

expériences ont été faites sur des écoliers afin de déterminer le degré de leur fatigue

intellectuelle aux différents moments de la journée.

On a employé pour cela la méthode de la dictée, celle des exercices de calcul,

et l’examen de la sensibilité cutanée. Et l’on a vu que c’est surtout pendant la classe

du matin que les élèves, pris en bloc, font le moins de fautes d’orthographe, calculent

le plus vite, ont la sensibilité tactile la plus fine, et sont, par conséquent, en

possession de leurs moyens. Pour ne citer qu’un seul exemple, donnons celui-ci: un

groupe d’élèves qui, le matin, avant la classe, ne fait que 40 fautes dans une dictée, en

fait 70 après une heure de classe, 160 après deux heures, 190 après trois heures.

Il résulte de ces observations que vous devez, en principe, choisir les

premières heures du matin pour apprendre un sujet quelconque, littéraire ou

scientifique.

Toutefois, étant donné le rôle important joué par l’inconscient, il convient de

revoir rapidement le soir, avant de se coucher, le sujet étudié dans la matinée.

Cette règle, qui consiste à apprendre le matin, n’est d’ailleurs pas sans

exceptions. Les personnes qui prennent l’habitude de travailler fort tard la nuit sont

souvent fatiguées le matin et alors mal disposées à l’effort. En ce cas, l’après-midi et

la soirée leur seront favorables pour un travail de mémorisation. D’autre part, les

jeunes enfants, qui doivent préparer certaines de leurs leçons à la maison, ne peuvent

en général les apprendre que le soir. Mais ils les étudieront toujours avant le dîner et

après une détente d’une heure environ.

Enfin, il faut savoir utiliser tous les instants de la journée pour se remémorer

et approfondir les sujets en cours d’étude. A cet effet, il convient d’orienter son

attention.

L’observation courante montre que le cerveau est constamment en activité.

Lorsque vous « ne faisons rien », quand vous « ne pensons à rien », des images, des

idées, se succèdent en votre esprit à la faveur d’associations parfois bizarres. Ce

déroulement continuel ne fatiguant pas, il convient de l’utiliser.

Ce qui est facile avec un peu d’entraînement. Il suffit de créer en soi une

partialité de l’attention. Dans la cohorte d’images et de pensées qui se présentent à

votre conscience, il arrive nécessairement, à un moment donné, que l’une d’elles se

rapporte à l’un des sujets intellectuels qui vous préoccupent. Arrêtons-la au passage

en y projetant la lumière de l’attention. De nouvelles chaînes d’images de même

nature vont s’y greffer de sorte qu’à des associations d’idées quelconques, souvent

sans intérêt, quelquefois désagréables ou même nuisibles, se substitueront des

associations utiles que vous examinerez sans fatigue, en spectateur intéressé. Elles

seront, bien entendu, suivies plus ou moins rapidement par des associations communes,

mais le même processus que le précédent ne tardera pas à se renouveler

surtout si l’on favorise son apparition.

Et c’est ainsi qu’en maintes circonstances, pendant lesquelles « vous perdez

votre temps », il vous sera possible d’apprendre et d’élaborer sans peine.

Une autre façon de faire travailler l’inconscient

Il est vraisemblable que l’élaboration subconsciente du cerveau pendant le

sommeil est concomitante de son état particulier caractérisé par ce fait qu’il est alors

le siège des rythmes électroencéphaliques «alpha » ou « delta ».

A ce sujet, signalons que les variations électriques des cellules cérébrales

produisent des courants d’ensemble que l’on peut enregistrer à travers le crâne. Ces

courants d’action sont de très faible voltage (de l’ordre du dixième de millivolt) et

sont oscillants d’où le nom impropre qui leur est parfois donné d’«ondes cérébrales ».

Selon leur fréquence (c’est-à-dire d’après le nombre d’oscillations qu’ils

présentent à la seconde) et selon leur amplitude, on distingue essentiellement quatre

sortes de courants électriques cérébraux que l’on désigne par leur rythme: les rythmes

«alpha», «bêta», « thêta » et « delta ».

Le premier correspond au repos sensoriel. Il est formé d’oscillations assez

régulières d’aspect pseudo-sinusoidal et présentant de 8 à 12 cycles par seconde.

Vous l’obtenez avec un sujet normal au repos, détendu psychiquement, en

relâchement musculaire complet et les yeux fermés. Il disparaît lorsqu’on ordonne au

patient d’ouvrir les yeux. Il s’évanouit également si le sujet fait un effort intellectuel

suffisant, si vous lui fait entendre un bruit assez intense ou si vous le soumettez à une

excitation douloureuse.

Le rythme « bêta » se rapporte à l’activité sensorielle. Il est constitué de très

petites oscillations de fréquence plus rapide que celle du rythme alpha (14 à 30

oscillations par seconde). Il persiste chez certains sujets gardant les yeux fermés. Ce

sont des personnes dont l’imagination est à prédominance visuelle ou qui présentent

un médiocre équilibre vago-sympathique.

Une troisième forme d’activité rythmique se manifeste beaucoup plus

rarement et sa présence est inconstante. Sa fréquence qui est basse est de l’ordre de 4

à 7 oscillations par seconde. On l’appelle le rythme « thêta ». Il est habituellement lié

à un état émotionnel désagréable. Vous le rencontrez aussi chez les personnes à

comportement agressif.

Dans les différentes affections du système nerveux central: l’épilepsie, les

encéphalites et les méningo-encéphalites, les traumatismes crâniens et leurs

séquelles, les tumeurs cérébrales, les grandes psychoses (la schizophrénie en

particulier) vous constatez que les tracés électroencéphaliques sont modifiés. D’autre

part, l’alcool, la caféine, les tranquillisants et quelques autres drogues affectent les

ondes alpha d’une façon variable, c’est-à-dire selon les individus; en revanche, l’effet

du tabac est plus caractéristique: presque tous les gros fumeurs présentent très peu

d’alpha et ont une activité bêta considérable et, à ce sujet, les travaux de Barbara

Brown ont montré que les électroencéphalogrammes des gros fumeurs sont faciles à

distinguer de ceux des non-fumeurs en raison de leur faiblesse en rythme alpha qui,

d’ailleurs, est relativement rapide.

Pendant le sommeil, le rythme alpha persiste d’abord mais sa durée et son

importance diminuent progressivement. Le tracé électroencéphalique passe ensuite

par plusieurs stades différents dont le dernier, qui correspond à un sommeil profond,

est représenté par un rythme très lent égal ou même inférieur à 4 oscillations par

seconde et désigné sous le nom de rythme « delta ». Les rêves introduisent de très

brèves perturbations dans l’électroencéphalogramme du sommeil, ce qui laisserait

supposer, comme le pensaient déjà les psychologues, qu’ils sont extrêmement courts.

Mais les Drs Kietmans et Dement, qui ont créé « le laboratoire des rêves » à

l’Université de Chicago, ont montré récemment qu’ils étaient en réalité assez longs.

En 6 heures de sommeil, une personne normale passerait 64 minutes à rêver et plus

de 90 minutes en 8 heures. Le rêve surviendrait, pour chaque individu, à heures fixes,

quatre fois par nuit en moyenne et durerait de 8 à 30 minutes.

Le réveil fait parcourir à un rythme accéléré et en sens inverse les étapes

successives qui conduisent au sommeil.

Etant donné que pendant le sommeil le cerveau est capable, comme nous

l’avons vu dans le paragraphe précédent, d’enregistrer automatiquement un texte

quelconque, nous avons pensé qu’en suscitant volontairement en soi les rythmes

alpha et delta il serait possible d’apprendre facilement. C’est effectivement ce que

nous avons constaté en utilisant la technique suivante que nous préconisons depuis

quelque trente ans.

On enregistre d’abord sur magnétophone – ou un enregistreur MP3 ou même

un ordinateur – le texte que l’on désire apprendre ou assimiler: leçon, données

littéraires, linguistiques, géographiques, historiques, scientifiques, technologiques,

etc., et, s’il y a lieu, discours, chanson, rôle de théâtre.

Cela fait, vous vous installez confortablement dans un fauteuil ou, mieux,

vous vous étendez sur une chaise longue, sur un divan ou sur un lit et vous cherchez

à réaliser un état de relaxation aussi complet que possible. Alors, au bout de quelques

minutes, et comme vous l’avons signalé, les bruits du dehors sont faiblement perçus,

les membres semblent engourdis, la sensibilité est atténuée.

C’est à ce moment que doit fonctionner le texte enregistré grâce à

l’intervention d’une tierce personne, ou, de préférence, à l’aide d’un dispositif

automatique, tel que le « task scheduler », préalablement réglé. Les paroles,

susurrées selon un débit plutôt lent, doivent être tout juste audibles.

Au cours de l’audition, aucun effort d’attention ni même de compréhension ne

doit être fait. Dans ces conditions, les connaissances, et notamment les connaissances

linguistiques, s’inscriront comme par enchantement dans le cerveau.

En l’occurrence, vous avez provoqué en effet, mais en quelque sorte

volontairement et en connaissance de cause, ce qui se produit lorsque l’inconscient

travaille au cours du sommeil.

Notons au passage que cette façon d’apprendre est à la base de la

suggestopédie mise au point par Georgi Lozanov, médecin et psychothérapeute

bulgare. Les étudiants se trouvant dans un état de relaxation aussi complet que

possible, l’instructeur psalmodie, sur un fond de musique classique, les matières qu’il

désire enseigner lesquelles sont, en général, des langues étrangères. Durant cette

phase passive, ils ne doivent pas prêter attention à la leçon, mais écouter uniquement

la musique. « L’étudiant-type, affirme Georgi Lozanov, apprend ainsi en deux ou

trois mois un ensemble de connaissances qui demande normalement deux ans

d’études universitaires. »

Cette méthode, qui depuis plusieurs années est utilisée au célèbre Institut de

Suggestologie de Sofia, est maintenant répandue dans le monde entier, et, en

particulier aux Etats-Unis où elle est largement commercialisée. Mais le procédé est

souvent exploité sous une forme qui frise le charlatanisme. Ainsi que le soulignent

Gay Gaer Luce et Julius Segal, chargés par le Gouvernement américain d’étudier les

travaux de l’Institut de la santé des U.S.A. concernant le sommeil, « il existe

maintenant dans presque toutes les grandes villes des U.S.A. des centres d’instruction

par la détente et par le sommeil qui vous promettent de vous inculquer toutes les

connaissances possibles et imaginables et de bonifier votre personnalité sans aucun

effort de votre part.

Cela va de la connaissance du français à l’enseignement technique en passant

par mille domaines, tels ceux de la réussite commerciale, de la lutte contre

l’insomnie, de la psychothérapie subliminale, du traitement de l’onychophagie, du

tabagisme, etc. »

Et ces auteurs ajoutent: «Aux États-Unis, les sociétés qui consacrent leur

activité à l’enseignement en état second font des millions de chiffres d’affaires.»

Quoi qu’il en soit, malgré les succès incontestables de la suggestologie et des

méthodes qui s’y rattachent, nous estimons que les autres procédés que vous

trouverez dans cet ouvrage et qui font appel à l’attention, au jugement, au

raisonnement, à l’association des idées, conservent toute leur valeur et ne doivent pas

être négligés. En même temps qu’ils facilitent la mémorisation, ils développent en

effet un certain nombre de facultés de l’esprit de sorte qu’en ce qui concerne en

particulier l’instruction, l’assimilation des connaissances et l’éducation, ce serait

courir après un mirage que de vouloir établir toute une pédagogie excluant l’effort

volontaire et la réflexion consciente.

Faites travailler votre inconscient

Ainsi que vous l’avons signalé à propos du rabâchage, il ne faut jamais chercher à retenir sur-le-champ une notion ou un texte. Il est nécessaire, pour qu’elle s’ancre bien dans la mémoire, que l’idée à retenir envoie de nombreuses racines dans les différentes régions de l’esprit, en particulier dans l’inconscient, et cela n’est

possible qu’avec le temps.

La mémorisation et en général le travail intellectuel sont en effet, pour une grande part, oeuvre inconsciente de l’esprit: c’est dans le mystérieux laboratoire de l’inconscient que s’organisent les matériaux dont votre mémoire est faite et dont les résultats apparaissent ensuite à votre conscience; c’est là que se forment les oeuvres les plus modestes de l’imagination comme les découvertes géniales et c’est là aussi que se résolvent souvent, alors que vous n’y pensez plus, les problèmes dont vous avez cherché en vain la solution dans les efforts de votre attention consciente.

A ce sujet, un exemple banal est fourni dans la recherche des mots croisés. Lorsqu’ils ne viennent pas immédiatement à l’esprit, il suffit très souvent d’abandonner un moment le jeu pour les trouver alors facilement: l’inconscient a travaillé.

Mais, dans tous les cas, et dans les conditions habituelles, l’inconscient n’a pas de pouvoir magique. Il ne peut oeuvrer sur une question déterminée que si les facultés conscientes l’ont déjà examinée sur toutes ses faces. « L’inspiration, disait Napoléon, est la solution spontanée d’un problème longuement médité. »

C’est surtout pendant le sommeil que l’enracinement, que le tallage des idées a lieu. Aussi nous vous conseillons de ne jamais préparer une leçon pour le jourmême.

Il convient de l’étudier, au plus tard, la veille, ou, mieux, l’avant-veille du jour où elle doit être sue et d’y penser avant de s’endormir. Vous serez souvent surpris de constater le lendemain matin ou le surlendemain matin que vous la possédez parfaitement. En tout cas, s’il n’en est pas exactement ainsi, ses éléments apparaîtront beaucoup plus clairs, beaucoup plus nets, beaucoup plus simples, et, en définitive, bien plus faciles à retenir. A votre insu, l’inconscient a oeuvré.

Cette technique s’applique, bien entendu, non seulement aux leçons à apprendre, mais aussi à la

mémorisation d’un texte quelconque: discours, chanson, rôle de théâtre, etc. Une variante du procédé a été préconisée par l’instituteur américain Max Sherover.

Ayant eu un soir l’idée d’aider son fils à retenir un poème en le lui répétant pendant qu’il dormait, il constata le lendemain que l’enfant récitait sa leçon sans faute. Enthousiasmé par cette réussite, il inventa le «cérébrographe» constitué d’un magnétophone, d’une pendulette électrique et d’un minuscule haut-parleur que l’on place sous l’oreiller.

A une heure déterminée, qui correspond au sommeil profond, l’appareil se met en marche de lui-même et chuchote une leçon préalablement enregistrée. Aujourd’hui, il est facile, avec un ordinateur, de déclencher l’écoute de fichiers MP3 préalablement enregistrés, pendant la nuit, aux heures que l’on souhaite. Il suffit de se procurer un écouteur spécial qui se glisse sous l’oreiller.

Les résultats obtenus sont très souvent des plus satisfaisants. Actuellement, beaucoup d’acteurs utilisent des méthodes de ce genre pour apprendre leur rôle en dormant. C’est ainsi que grâce à lui le chanteur chilien Ramon a appris en une semaine son rôle de « Carmen » qu’il chanta sans accent à la Scala de Milan, très peu de temps après son engagement.

En l’occurrence, tout se passe comme si le cerveau, n’étant pas gêné par les inquiétudes et les occupations, a une capacité très grande pour assimiler puis se rappeler l’information.

Toutefois, étant donné que l’emploi du cérébrographe impose au cerveau un travail intellectuel important alors qu’il devrait se reposer, vous préconisons de préférence la technique décrite dans le paragraphe suivant.

Évitez l’intrusion d’états de conscience antagonistes

Bien que cette règle soit évidente, il convient néanmoins de la signaler.

On peut l’exprimer ainsi: La reviviscence d’une image est d’autant plus facile

que cette image rencontre moins d’états antagonistes dans la conscience au moment

où elle doit y apparaître.

Ainsi, lorsque vous cherchez à vous rappeler un souvenir qui ne vous revient

pas immédiatement à l’esprit, il vous arrive de fermer les yeux afin de supprimer

toutes les sensations visuelles qui pourraient s’opposer à l’évocation de l’image; de

même, si vous voulez écrire, vous fuyez les conversations, parce que, pour écrire un

mot, il faut d’abord en évoquer l’image dans votre esprit et que cette évocation sera

difficile si, au même moment, vous entendez quelqu’un prononcer des mots

différents.

Il s’ensuit que pour fixer un fait dans votre mémoire ou pour vous le

remémorer, il convient de chercher, sinon la solitude, tout au moins le calme et le

silence. Sinon, il faut une grande force d’attention pour vous abstraire du milieu ce

qui entraîne une fatigue supplémentaire qui s’ajoute à la fatigue causée par le travail

de mémorisation.

Au cas où vous seriez absolument obligé de travailler mentalement dans le

bruit, vous pouvez vous obstruer les conduits auditifs à l’aide de tampons. Ils gênent

parfois dans les premiers temps de leur utilisation, mais, au bout de quelques jours,

vous y êtes si bien accoutumé qu’il est difficile de vous en passer même en l’absence

de bruit.