Le stoïcisme partie 5

L’éthique

Sommaire de la section


L’éthique stoïcienne est en accord avec cette physique.

Nous connaissons plusieurs divisions de l’éthique stoïcienne :

« [Ils] divisent la partie éthique de la philosophie en plusieurs lieux : de l’impulsion, des biens et des maux, des passions, de la vertu, de la fin, de la valeur première et des actions, des fonctions propres, de ce qu’il faut conseiller et ce qu’il faut déconseiller. » (Diogène Laërce, VII, 84).

Diogène indique que cette division n’appartient pas au stoïcisme le plus ancien (Zénon de Kition et Cléanthe qui en ont traité, selon lui, de manière plus simple), mais à Chrysippe, Apollodore, Posidonios, etc. Sénèque (Lettres, 89, 14) nous apprend une tripartition de l’éthique stoïcienne :

« […] vient en premier la valeur que tu attribues à chaque chose, en second l’impulsion, ordonnée et mesurée, que tu as vers les choses, en troisième la réalisation d’une convenance entre ton impulsion et ton acte, de façon qu’en toutes ces occasions tu sois en accord avec toi-même. »

Épictète indique trois sujets de l’éthique (Entretiens, III, 2), mais qui se rapportent aux exercices que l’on doit suivre pour devenir homme de bien :

  • les désirs et les aversions : ne pas manquer ce que l’on désire, ne pas tomber sur l’objet de l’aversion ;
  • les impulsions et les répulsions, i.e. ce qui concerne la fonction propre (agir avec ordre, raisonnablement et sans négligence) ;
  • éviter l’erreur et la précipitation, i.e. ce qui concerne l’assentiment.

Les fonctions propres

L’expression fonction propre traduit le grec kathèkon, qui signifie « convenable », « devoir » (officium en latin). Ce mot a été utilisé pour la première fois en ce sens par Zénon, vraisemblablement dans un ouvrage nommé De la fonction propre (Diogène Laërce, VII 107). Selon Diogène, ce terme est dérivé de kata tinas hêkein, « convenir à certains » ; il définit la fonction propre comme une activité qui est appropriée aux constitutions conformes à la nature (Ibid.). Cette notion est le fondement de l’éthique stoïcienne ; en effet :

« Archédème disait que la fin consiste à vivre en amenant les fonctions propres à leur perfection. » (Diogène Laërce, VII, 88).

Stobée (II, 85, 13 – 86) donne cette définition de la fonction propre :

« La conséquentialité dans la vie, quelque chose qui, une fois qu’il a été accompli, a une justification raisonnable. »

Les fonctions propres s’appliquent aux plantes, aux animaux comme aux hommes. Les Stoïciens distinguent deux types de fonctions propres, celles qui sont parfaites, et celles qui sont intermédiaires.

Cicéron, dans Des termes extrêmes des biens et des maux (III), nous livre une analyse détaillée de cette notion par la bouche de Caton. Nous aimons les premiers objets qui sont appropriés par nature ; ainsi préférons-nous que les parties de notre corps soient bien disposées et entières plutôt qu’affaiblies et déformées. Nous savons donc de manière spontanée distinguer ce qui est conforme à la nature de ce qui lui est contraire : le premier penchant de l’homme le porte vers les choses qui sont conformes à la nature. De là, cette distinction : ce qui a de la valeur est en accord avec la nature et, pour cette raison, est digne d’être sélectionné. Le contraire est dépourvu de valeur et doit être rejeté.

La première des fonctions propres est de nous conserver nous-mêmes. Ainsi notre corps se développe-t-il en appropriant ses propres facultés.

Le bien

Les premiers biens sont la santé, le bien-être et tout ce qui peut nous être utile. Mais ce ne sont pas des biens au sens absolu. Le bien absolu se suffit à lui-même, il est le suprêmement utile. Il est découvert rationnellement par notre assentiment spontané à nos inclinations. Et c’est en considérant la nature universelle, en saisissant la volonté de la nature totale à se conserver que l’on comprend le bien comme raison universelle.

La vertu

Pour les Stoïciens, vertu et bien sont identiques. La vertu est désirable pour elle-même et est parfaite : elle est donc atteinte d’un coup, d’une manière complète, i. e. avec toutes ses parties. Ses parties sont, selon Zénon de Citium, des aspects d’une vertu fondamentale, la prudence. Qui a une vertu, les a toutes.

Les passions

Mais les inclinations naturelles se pervertissent, sous l’influence du milieu social, et troublent l’âme : ce sont les passions. Pourtant, si l’âme est rationnelle, toute inclination n’est possible que si elle reçoit l’assentiment de la raison. Comment expliquer les passions ? La passion est une raison irrationnelle, un jugement qui nous dépossède de notre maîtrise : l’habitude et l’éducation nous persuadent par exemple que toute douleur est un mal. Mais ressentir la douleur physique et en éprouver de la peine (mal moral) sont deux choses différentes. Ainsi le stoïcisme montre que les passions sont de mauvaises raisons de croire. L’opposition radicale entre raison et passions qu’on lui attribue n’est donc pas exacte : si les passions sont mauvaises, ce n’est pas en tant qu’elles sont différentes par nature de la raison, mais parce qu’elles sont plutôt des raisons égarées ; à l’inverse, la raison peut-être vue comme une passion droite.

Finalité de l’éthique

La morale stoïcienne peut donc se résumer ainsi :

  • le fondement de la vie morale, c’est la vie des instincts, qui nous font agir suivant l’utile ;
  • la fin de cette morale, c’est de vivre par des choix conformes à la raison universelle : vivre en suivant la nature, puisque tout arrive par la raison universelle.

Le sage

Article détaillé : sage.

À partir de là, les Stoïciens définissent un modèle parfait de conduite, incarné par le sage :

  • le sage choisit ce qui est conforme à la nature ;
  • il accomplit un devoir parfait ; i. e. il accomplit sa fonction propre ;
  • le sage est parfait en toute chose ;
  • tous les autres hommes sont des insensés (stulti en latin)

Il n’y a pas de nuance entre la perfection du sage et le caractère insensé de la vie de tous les hommes. On peut donc dire que le stoïcisme recherche une transformation de l’homme dans sa totalité : un homme purement rationnel, non pas parce que ses passions seraient éteintes, mais parce qu’elles seraient elles-mêmes raison.

La politique

Marc Aurèle

Dans la section sur les divisions de la philosophie, nous avons vu que Cléanthe faisait de la politique une division à part entière de la philosophie. Nous savons également que Zénon de Kition écrivit un livre sur la République particulièrement célèbre et admiré dans l’Antiquité. Plutarque nous en donne une idée par la description du but visé dans cet ouvrage perdu :

« La République, ouvrage très admiré de Zénon, tend à ce point principal unique, que nous ne devrions pas vivre répartis en cités ni en peuples, chacun défini par ses propres critères de la justice, mais que nous devrions considérer tous les hommes comme des compatriotes et des concitoyens, et qu’il y ait un mode de vie et un monde uniques, comme pour un troupeau nourri ensemble dans le même pâturage sous une loi commune. Zénon a écrit cela comme s’il avait brossé le tableau d’un songe ou d’une image représentant une bonne législation et une république philosophiques. » (De la fortune d’Alexandre, 329 A – B).

Influence du stoïcisme

L’influence du stoïcisme sur les cultures grecque et romaine est considérable, rares furent les penseurs antiques à ne pas critiquer cette doctrine.

Cette influence continua même après la conversion de l’Occident au christianisme, certains monastères ayant ainsi érigé le manuel d’Épictète, quelque peu modifié, en règles intérieures.

Le stoïcisme se perpétua aussi à travers des philosophes français tels Descartes, qui déclara que « il vaut mieux changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde »[15], Pascal et, plus proche de nous, Émile Bréhier.

Principales périodes du stoïcisme

  • Ancien stoïcisme (Zénon de Kition, le fondateur, Cléanthe, Chrysippe, …)
  • Moyen stoïcisme (Panétius, Posidonius…)
  • Stoïcisme impérial (Sénèque, Epictète, Marc Aurèle, …)
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Le stoïcisme partie 4

La théorie de la connaissance [modifier]

Les impressions [modifier]

La vérité et la certitude sont dans la perception les plus communes qu’il s’agit de systématiser. Ainsi la connaissance part-elle de la représentation, ou image (phantasia), impression d’un objet réel dans l’âme (comme le cachet dans la cire pour Zénon). C’est là un premier jugement sur les choses auquel peut être ou non donné volontairement un assentiment par l’âme : si celle-ci est dans le vrai, elle a alors une compréhension, ou perception (katalepsis) de l’objet qui est immédiate : une certitude des choses en tant que telles.

La sensation est donc distincte de l’image puisqu’elle est un acte de l’esprit. Pour que la perception soit vraie, l’image doit être fidèle. L’image fidèle, en tant que critère de la vérité, est appelée représentation compréhensive. Elle est passive, mais capable de produire l’assentiment vrai et la perception.

Les critères de la vérité [modifier]

La science sera alors la perception solide et stable, inébranlable par la raison : solidité due à l’appui des certitudes entre elles, à leurs accords rationnels. Ainsi la perception sûre et totale est la science systématique et rationnelle, système de perceptions rassemblées par l’expérience visant à une fin particulière utile à la vie. En dehors de ces réalités sensibles, il n’y a pas d’autres connaissances.

Pourtant, à côté des choses sensibles, il y a ce qu’on peut en dire. Ainsi la dialectique porte-t-elle sur les énoncés qui sont vrais ou faux, relatifs aux choses. Ces énoncés se disent sous la forme d’un sujet et d’un attribut exprimé par un verbe : Socrate se promène. C’est un jugement simple qui exprime un rapport entre des faits, celui-ci s’exprimant par un jugement complexe : s’il fait clair, il fait jour. Il s’agit donc d’une liaison de fait entre un antécédent et un conséquent.

Les critiques [modifier]

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La physique [modifier]

Les principes de la physique stoïcienne [modifier]

Selon Diogène Laërce (VII, 132), les Stoïciens divisent la physique en général en trois domaines : le monde, les éléments, la recherche des causes. Mais l’étude de la nature est aussi divisée selon des lieux spécifiques : les corps ; les principes ; les éléments ; les dieux ; enfin les limites, le lieu et le vide.

Le monde et la nature [modifier]

Le monde est totalement dominé par la raison et a en conséquence à chaque instant la plénitude de sa perfection. Par là on voit que l’activité de la raison est corporelle : seul existe ce qui a la capacité d’agir ou de pâtir (i. e. les corps). Or, la raison agit, donc elle est un corps. Ce qui subit la domination de la raison sera aussi un corps, la matière. Voilà les deux principes de la physique : l’un est la cause unique, l’autre reçoit cette causalité sans faire de résistance. Ces deux corps s’unissent donc et forment le mélange total qui explique l’action d’un souffle matériel (pneuma) traversant la matière pour l’animer.

Les éléments [modifier]

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Le cycle cosmique [modifier]

L’ensemble du monde a un cycle : le feu, ou force active (Zeus), absorbe et réduit en lui-même toutes les choses. Tout recommence ensuite à l’identique, après la fin du monde dans une conflagration où toutes choses sont rentrées dans la substance divine. Cette conflagration est une purification du monde : l’âme du monde absorbe toute la matière en restituant un état parfait par un changement conforme à la nature.

Du feu primitif, naissent les quatre éléments et le monde naît sous l’action d’un souffle divin. Ensuite, par la fragmentation du souffle, naissent les êtres individuels qui forment le système du monde. C’est ce souffle qui fait l’unité du monde, en le parcourant et en maintenant ses parties. Ce souffle est une force, une pensée et une raison qui contient tout et fait que sous l’action de sa tension l’être existe. Ce souffle crée une sympathie entre toutes les parties du monde. Quant à la Terre, elle est au centre, pressée de tout côté par l’air.

La causalité et le destin [modifier]

Tout ce qui arrive est conforme à la nature universelle, puisque tout agit suivant une cause totale, qui lie toutes les causes entre elles.

La théologie [modifier]

La théologie est ce qui rassemble et à la fois divise, stoïciens et épicuriens. Le(s) Dieu(x) existe(nt) chez les Epicuriens tout comme chez les stoïciens. Cependant, selon les épicuriens, les dieux vivent dans leur monde, alors que pour les stoïciens, ils agissent dans notre monde. C’est le fatum, le destin, tout est joué d’avance. On ne peut pas changer ce qui arrive. Cela s’exprime par la métaphore du Chien et du Chariot. Un chien qui tire un chariot est libre d’épouser la trajectoire du chariot ou bien de s’y opposer vainement. Il n’y a que l’assentiment par rapport aux représentations (les évènements) qui dépende de nous, et non des dieux. Ce qui dépend de nous, c’est l’atteinte de l’ataraxie, de l’absence de troubles et passions, une tranquillité de l’âme, une paix intérieure, que les stoiciens assimilent au bonheur véritable. Ainsi la théologie et l’éthique stoïciennes appelle l’Homme à une prise de distance, et à une certaine inactivité, ou tout du moins indifférence, qui sera dénoncé par Spinoza et Hegel : « L’être de l’Homme, c’est son action. » (Phénoménologie de l’Esprit). Ce dernier associa les stoïciens au concept de la belle-âme. C’est l’attitude de Sartre, une conduite d’excuse, de mauvaise foi, pour ne pas affronter l’angoissante condition humaine : la Liberté. Pascal en fera un essai : Entretien avec Madame de Sacy sur Montaigne et Epictète. Ainsi l’ensemble de la philosophie moderne, mis à part Schopenhauer et son concept de Volonté, tend à rejeter cette position stoïcienne.

La psychologie [modifier]

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Le Stoïcisme partie 3

La logique

Note sur la formalisation des raisonnements : dans cette section, certains raisonnements des Stoïciens sont formalisés à l’aide de symboles modernes ; on peut recommander au lecteur de lire l’article Calcul des propositions pour une introduction à cette logique.

Certains Stoïciens (Diogène Laërce, VII, 41) divisent la logique en deux parties : la dialectique et la rhétorique ; d’autres y ajoutent ce qui concerne les définitions et les critères.

La rhétorique

La rhétorique est la science du bien parler dans les discours. Elle se divise en trois parties : parlementaire, judiciaire et panégyrique, ou en invention, énonciation, plan et mise en scène. Ils divisent le discours rhétorique en préambule, narration, réplique aux adversaires, épilogue.

La dialectique

Diogène Laërce (VII, 41 – 44) donne deux définitions stoïciennes de la dialectique :

  • la dialectique est la science de la discussion correcte dans les discours par questions et réponses ;
  • la dialectique est la science de ce qui est vrai, de ce qui est faux, et de ce qui n’est ni l’un ni l’autre.

Elle se divise en deux lieux : les signifiés et les émissions vocales ; le lieu des signifiés se divise à son tour en impressions et dicibles dérivées des impressions (cette partie est exposée à partir de la section suivante). Le lieu des émissions vocales concerne l’articulation selon les lettres, distingue les parties du discours, traite des solécismes, des barbarismes, etc.

Les dicibles

La notion de dicible est le fondement de la logique stoïcienne ; c’est un incorporel et, en tant que tel, il a été traité dans la section Le dicible de cet article.

Les propositions

Chrysippe, dans ses Définitions dialectiques (cité par Diogène Laërce, VII, 65), définit la proposition comme « ce qui est vrai ou faux, ou un état de choses complet qui, pour autant qu’il est lui-même concerné, peut être asserté. »

Ainsi, pour que quelque chose soit vrai ou faux, il doit être un dicible, un dicible complet, un dicible complet qui est une proposition. (Sextus Empiricus, Contre les professeurs, VIII, 74). Une proposition est ou vrai ou fausse ; une proposition qui n’est pas vraie est donc fausse (Cicéron, Du destin, 38). La contradictoire d’une proposition est une proposition qui l’excède d’une négation : « Il fait jour » « Non Il fait jour » (formalisable en : p ~p).

Une proposition vraie est ce qui est, et une proposition fausse est ce qui n’est pas (Sextus Empiricus, Contre les professeurs, VIII, 84) :

« Quelqu’un dit « il fait jour » semble proposer qu’il fait jour. Dès lors, s’il fait jour, la proposition avancée se révèle vraie, et sinon, elle se révèle fausse. » (Diogène Laërce, VII, 65).

La distinction la plus générale entre les propositions est celle qui sépare propositions simples et propositions non simples (Sextus Empiricus, Contre les professeurs, VIII, 93 – 98).

Les propositions simples

« Sont simples les propositions qui ne sont pas composées à partir d’une proposition unique énoncée deux fois ; par exemple, « il fait jour », « il fait nuit », « Socrate parle » […] » (Sextus Empiricus, Contre les professeurs, VIII, 93 – 98).

Les Stoïciens distinguent trois types de propositions simples : les définies, les indéfinies, les intermédiaires.

  • Les propositions définies s’expriment par une référence ostensive. Exemple : « Celui-ci est assis. »
  • Les propositions indéfinies ont pour sujet une particule indéfinie. Exemple : « Quelqu’un est assis. »
  • Les propositions intermédiaires ne sont ni indéfinies (elles déterminent le sujet), ni définies (elle ne sont pas ostensives). Exemple : « Socrate marche ».

Les Stoïciens discernent des rapports de dépendance quant à la vérité entre ces types de propositions : par exemple, si une proposition définie est vraie, la proposition indéfinie qui peut en être dérivée est également vraie. Exemple : « Celui-ci marche » est vraie ; donc « quelqu’un marche » est vraie.

Diogène Laërce donne les distinctions suivantes (VII, 69) : les propositions simples peuvent être négatives, négatives assertoriquement, privatives, assertorique, démonstratives et indéfinies.

  • Une proposition simple négative est composée d’une négation et d’une proposition : « Non il fait jour » (~p). La double négative en est une espèce : « Non : Non : il fait jour » (~~p), qui revient à « Il fait jour » (p).
  • Une proposition simple négative assertoriquement est composée d’une particule négative et d’un prédicat : « Personne ne marche ».
  • Une proposition privative est composée d’une particule négative et d’une proposition en puissance.
  • Une proposition assertorique est composée d’un cas nominatif et d’un prédicat. Exemple : « Dion marche. »
  • Une proposition démonstrative est composée d’un cas nominatif ostensif et d’un prédicat. Exemple : « Celui-ci marche. »
  • Une proposition indéfinie est composée d’une ou plusieurs particules indéfinies et d’un prédicat. Exemple : « Quelqu’un marche ».

Les propositions non simples

TYPOLOGIE DES PROPOSITIONS NON-SIMPLES

TYPE

Connecteur logique

Equivalent en logique contemporaine

Exemple

Proposition conditionnelle

SI

 

« S’il fait jour, il fait clair »

Proposition subconditionnelle

PUISQUE

 

« Puisqu’il fait jour, il fait clair »

Proposition conjonctive

ET

 

« Il fait jour et il fait clair »

Proposition disjonctive [14]

OU

~

« Ou il fait jour, ou il fait nuit »

Raisonnement et démonstration

Selon Diogène Laërce (VII, 76 – 81) les Stoïciens appellent argument (en grec logos) ce qui est constitué par une ou plusieurs prémisses (en grec lèmma), une prémisse additionnelle et une conclusion. Exemple :

« S’il fait jour, il fait clair ; mais il fait jour ; donc il fait clair » (formalisable en : ).

Parmi les arguments, certains sont valides, d’autres invalides :

  • sont invalides ceux dont l’opposé de la conclusion ne sont pas en contradiction avec la conjonction des prémisses ;
  • il y a deux sortes de raisonnements valides :
    • ceux qui sont simplement valides ;
    • ceux qui sont syllogistiques : ceux-ci sont soit indémontrables, soit réductibles aux indémontrables.

L’implication

Les stoïciens confèrent un très grand rôle à l’implication (proposition conditionnelle) inventée par Diodore Cronos et son disciple Philon. En effet, pour eux, c’est la forme logique de toute définition. Pour eux, affirmer :

« L’homme est un animal rationnel mortel »

… c’est affirmer :

« Si quelque chose est un homme, alors cette chose est rationnelle et mortelle »

En d’autres termes, toute définition est une implication, c’est-à-dire une proposition conditionnelle. (cf.Sextus Empiricus, Contre les Professeurs, XI, 8-11)

 

 

 

 

Le Stoïcisme partie 2

L’ontologie stoïcienne

Divisions de l’être

Le genre suprême de la métaphysique stoïcienne est appelé, selon Sénèque (Lettres, 58, 13 – 15) « quelque chose » ; mais, selon Sextus Empiricus (Contre les professeurs, VIII, 32), le genre suprême serait l’ « existant ». Néanmoins, malgré cette divergence, on admet généralement que les Stoïciens divisent les choses en général en existant et subsistant. (Galien, De la méthode médicale, X)

Est dit « quelque chose » tout ce qui dans la nature existe ou n’existe pas. Le quelque chose a pour contraire les « non-quelques-choses », i.e., selon les Stoïciens, les universaux. Tous les existants sont des corps. Au genre des non existants appartiennent les incorporels et les choses qui sont dans l’esprit, formées faussement par la pensée, comme les centaures et les géants, et d’une manière générale tout ce qui fait impression sur la faculté directrice sans avoir de substance (Sénèque, Lettres, 58, 13 – 15). Ces incorporels sont dits « subsistant » – car, par exemple, une fiction dans l’esprit n’a de réalité que dans la pensée. Ce dernier cas semble néanmoins montrer l’existence d’une division supplémentaire du quelque chose : ce qui n’est ni corporel ni incorporel. Les corporels seuls sont dits existant.

Les « quelques choses » sont donc soit des corps (existant), soit des incorporels (subsistants).

Les Stoïciens distinguent quatre espèces de corporels : le substrat, le qualifié (de façon commune ou de façon particulière), le disposé, le disposé relativement (Simplicius de Cilicie, Sur les Catégories d’Aristote, 66).

Ils distinguent quatre espèces d’incorporels : le dicible, le vide, le lieu et le temps.

Les existants sont des entités individuelles corporelles qui appartiennent à la fois aux quatre genres du corporel, mais tout « quelque chose » est une entité individuelle : être quelque chose, c’est donc être une chose particulière, corporelle ou incorporelle. Ainsi « quelque chose » est ou subsistant ou existant ; l’existant se prédique seulement des corps, mais « quelque chose » est prédiqué aussi des incorporels.

Puisque l’existence est chez les Stoïciens corporelle, et que ce qui agit sur un corps est un corps, l’action est la propriété des corps seuls : la vertu et le savoir sont ainsi des réalités corporelles. Cette ontologie pose quelques problèmes pour expliquer l’action causale d’un incorporel sur un corps.

On retrouve quelques éléments de cette métaphysique au XIXe siècle chez Alexius Meinong et Bertrand Russell.

Les quatre genres

Substrat

Dans son sens primordial, le substrat non qualifié est équivalent à la matière ; mais, comme dans la philosophie d’Aristote, il y a un sens dérivé, selon lequel une chose qualifiée peut avoir le statut d’un substrat ou de la matière par rapport à autre chose.

Choses qualifiées

Le qualifié est une substance ayant certaines qualités : la prudence est une qualité, l’individu prudent est le qualifié.

Choses disposées d’une certaine manière

Ces choses sont disposées d’une certaine manière …

Choses disposées d’une certaine manière en relation avec quelque chose

Ce genre contient les choses qui sont caractérisées par une relation extrinsèque.

Les incorporels

Le premier incorporel concerne la sémantique et la logique (voir cette section plus bas) ; les trois autres la physique.

Le dicible (ou exprimable)

En grec, lekta. Les stoïciens distinguent les émissions vocales, la parole (lexis) et le langage (logos). Les émissions vocales sont tous les bruits formés par la bouche ; la parole est une émission vocale articulée en phonèmes ; le langage est une émission vocale signifiante par laquelle est exprimée un état de chose. Ce sont ces états de choses qui sont dits dicibles. (Diogène Laërce, VII, 57). Ce dicible est défini :

« […] ce qui subsiste en conformité avec une impression rationnelle [..] » (Sextus Empiricus, Contre les professeurs, VIII, 70).

Il y a deux sortes de dicibles : les dicibles complets, et les dicibles incomplets (Diogène Laërce, VII, 63). Les dicibles complets sont les propositions et les syllogismes dont l’expression linguistique est achevé ; ce sont ces dicibles qui sont aux fondements de la logique stoïcienne. Les dicibles incomplets sont inachevés (par exemple : il écrit).

L’impression rationnelle est une impression dont le contenu est exprimable par le langage. Les dicibles appréhendés par la pensée à la suite d’une impression sont seulement saisis par ceux qui comprennent le langage au moyen duquel ils sont exprimés, alors que tout le monde peut entendre l’émission vocale, même sans saisir ce qui y est exprimé. Il y a donc une différence d’être entre le signifié et le signifiant. Ce signifié qui est dévoilé dans le langage par la pensée est donc incorporel, alors que l’émission vocale et ce qui porte le nom sont corporels. Dans la mesure où le dicible est un état de chose pensé, il définit la sphère du vrai et faux : l’état de chose signifié et dicible est vrai ou faux.

Sénèque donne l’exemple suivant (Lettres, 117, 13) : la perception sensible me révèle que Caton est en train de marcher ; par des mouvements de la pensée, je peux énoncer que Caton est en train de marcher. Ainsi, alors que la perception sensible me révèle quelque chose de corporel, mon esprit donne son assentiment à une proposition (en latin Effatum, traduction du grec axiôma). Sénèque souligne alors la différence fondamentale qui existe entre nommer ce corps et parler à son sujet.

Le vide

Le vide, selon les Stoïciens, est ce qui peut être occupé par un existant mais n’est pas occupé (Sextus Empiricus, Contre les professeurs, X, 3 – 4). Selon Chrysippe (Stobée, I, 161, 8 – 26), le vide est infini. En effet, le rien n’est pas une limite, et il n’a pas de limite ; il est donc un subsistant (i.e. un incorporel) infini, qui reçoit une limite seulement s’il vient à être occupé.

Le lieu

Bien que le monde en lui-même soit dans un vide illimité, il est sans vide et forme un « tout continu » caractérisé par la « conspiration et la syntonie des choses célestes avec les choses terrestres » (Diogène Laërce, VII, 140). Dans ces limites, le lieu est un incorporel, sans être un vide, se définissant comme un intervalle toujours occupé par un corps ou par un autre, un lieu est un théâtre toujours rempli où des corps se succèdent ou se compénètrent (cf. Jean BRUN, le Stoïcisme, 3e édition, 1963, p. 58). Ce que nous appelons aujourd’hui « espace » se caractérise donc chez les Stoïciens, non en lui-même, mais à partir des corps qui l’occupent, en réalité le révèlent par leur seule présence, comme ce qui les tient et les diffère à la fois. L’espace stoïcien se dit relativement par rapport aux corps qui le constituent, tant en ce qu’ils sont en eux-mêmes que dans la distance qu’ils engendrent dans leur proximité.

Le temps

Pour les stoïciens (Simplicius de Cilicie, Sur les Catégories d’Aristote, 350, 15 – 16), le temps est une dimension ou un intervalle (en grec diastèma) soit du mouvement (selon Zénon), soit du mouvement du monde (selon Chrysippe). Le temps est « cette dimension du mouvement selon laquelle on parle de la mesure de la vitesse et de la lenteur. » (définition de Chrysippe, in Stobée, I, 106).

Toutes les choses se meuvent et sont dans le temps qui est infini dans les deux directions du passé et du futur. Mais le temps a deux sens : en un sens large, seul le présent est là, existe réellement pour ainsi dire, bien qu’il soit incorporel. Le passé et le futur sont alors des êtres subsistants, car ils ne sont pas là, ils ne sont pas présents. En un sens strict, aucun temps n’est complètement présent, car tout temps est sécable à l’infini.

Tableau récapitulatif

Quelque chose (en grec ti)

Corps

Incorporels

Substrat

Qualifié

Disposé

Disposé relativement

Dicible

Vide

Lieu

Temps

Le Stoïcisme partie 1

Définitions de la sagesse et de la philosophie

La sagesse (sophia) est, selon une définition des stoïciens (cf. Aetius, I, Préface 2), la connaissance scientifique des choses divines et humaines, connaissance à laquelle s’ajoute, selon Sénèque (Lettres, 89, 4 – 5), la connaissance de leurs causes.

Selon la distinction de Sénèque (Lettres, 89, 4 – 5), cette sagesse est le bien de l’esprit humain, parvenu à sa perfection, alors que la philosophie est l’amour de la sagesse et l’aspiration vers elle par la pratique et la théorie : « La philosophie tend là où l’autre est parvenue ». Elle est ainsi la pratique (askesis) de l’art (techne) de l’utile qui est l’unité et le degré le plus élevé de la vertu.

La philosophie se divise en trois parties, suivant en cela la division des vertus à leur niveau générique : la vertu physique, la vertu éthique et la vertu logique.

Divisions de la philosophie

Le discours philosophique a trois parties : la physique qui est une recherche sur le monde et les objets qu’il contient ; l’éthique, qui concerne l’action ; la logique (ou dialectique), qui concerne le discours. Chacune de ces parties se divise à son tour en plusieurs parties (ces divisions seront exposées dans les sections correspondantes). Cette division générale, selon Diogène Laërce[2], fut inventée par Zénon de Kition dans son traité Du discours, et fut reprise par Chrysippe de Soli[3], Diogène de Babylone et Posidonius[4]. Il semble que Cléanthe se soit écarté de cette division : il en donne six, la dialectique, la rhétorique, l’éthique, la politique, la physique, la théologie.

Ces parties sont appelés des espèces, des genres (ou des genres de théorèmes[5]) ou des lieux suivant les philosophes[6]. Les Stoïciens utilisent, pour décrire cette partition de la philosophie, plusieurs comparaisons qui reflètent des désaccords au sein de l’école :

  • Selon la première, c’est la physique qui constitue le centre :
    • la philosophie est comparable à un œuf : la logique est la coquille ; le blanc, l’éthique et la physique, le jaune.
  • Selon trois autres, c’est l’éthique qui occupe la place principale :
    • la philosophie est un champ fertile : la terre est la physique ; les fruits, l’éthique et le mur qui l’entoure la logique.
    • ils comparent enfin la philosophie à un être vivant, comparaison qui diffère des précédentes pour souligner que les parties de la philosophie ne sont pas séparables ; ainsi, par exemple, pour Posidonius : la physique est son sang et sa chair, la logique ses os et ses tendons, l’éthique est son âme[7].
    • enfin, pour Sénèque, l’éthique « forme le cœur » de la philosophie[8].

L’image de l’être vivant paraît suggérer que la logique n’est pas un instrument ou une partie accessoire, seulement censée protéger l’essentiel : physique et/ou éthique. Elle n’est pas subordonnée à l’éthique ou à la physique comme une partie l’est à son tout (comme la coquille sert le jaune, ou comme le mur sert le fruit, en les protégeant tous deux). Elle est une partie première de la philosophie[9], et non une partie de partie.

Si nous suivons Posidonius et le témoignage d’Ammonius sur ce point, alors les trois parties sont à la fois distinctes, et solidaires, indissociables. Or, les textes ne sont pas clairs sur la question de savoir de quoi ces parties sont les parties : sont-ce les parties de « la philosophie »[10], ou bien sont-ces les parties du « discours philosophique » seulement -étant donné qu’à côté du discours philosophique, il y a la vie philosophique-[11] ? Si l’on s’en tient à ce que rapporte Sénèque[12], de même que le cosmos est un, la philosophie est une, et indivise en elle-même. Elle apparaît telle au sage. Mais pour le philosophe (l’apprenti-sage), qui ne peut pas encore en avoir une vue synoptique, il est bon de distinguer des parties. En ce cas, ces parties (logique, physique, éthique) seraient moins des parties de la philosophies, que des parties de l’apprentissage philosophique.

Pour certains Stoïciens, il n’y a pas de hiérarchie entre ces genres et ils les enseignaient ensemble car ils sont mélangés ; mais d’autres commencent par la logique (Zénon de Kition, Chrysippe), par l’éthique (Diogène de Ptolémaïs) ou par la physique (Panétius de Rhodes, Posidonius).

Les sciences, instruments du sage

Le sage cherche et connaît les causes des choses naturelles ; la science sera donc pour lui un auxiliaire. Mais, comme tout auxiliaire, elle ne fait pas partie de ce dont elle est un instrument et une aide (Sénèque, Lettres, 88, 25 – 28). La science n’est donc pas, pour le stoïcien, une partie de la sagesse. Que devra alors connaître le sage ? Si l’on suit Sénèque, il connaîtra par exemple le système des corps célestes, leur pouvoir et leur nature ; mais le sage stoïcien s’occupe des principes généraux, non de l’accumulation des connaissances ou des questions de fait particulières. En toutes choses, la philosophie ne demande donc rien à personne, mais donne les principes premiers aux autres sciences (aux mathématiques, par exemple) : les sciences spécialisées lui sont des moyens. La philosophie construit ainsi seule toute son œuvre.

La philosophie, en tant que science, diffère également de l’habileté, des aptitudes que les stoïciens appellent « occupations » (epitedeumata) : musique, belles-lettres, équitation, etc., et qu’ils caractérisent ainsi : « une méthode qui, par le moyen d’un art ou d’une partie d’un l’art, conduit au domaine de la vertu » (cf. Stobée, II, 67). Ces occupations ont une valeur instrumentale pour le sage, dont seul il possède l’habitus vertueux.

Unité du système stoïcien

Selon le traité du destin de Cicéron, la notion de fatum (destin) est commune aux trois parties de la philosophie, en ce sens qu’elle implique à la fois la physique (le destin est le principe de l’ordre cosmique), l’éthique (accord du destin avec la responsabilité morale) et la logique (problème des énoncés portant sur les futurs contingents). Le fatalisme est donc une notion fondamentale du stoïcisme :

« Conduisez-moi, Zeus et toi Destinée, vers où vous l’avez disposé pour moi. Car je suivrai sans faillir. Mais si je devenais méchant et si je ne le voulais pas, je ne suivrais pas moins. » (Cléanthe, cité par Épictète, Manuel, fin).